Automne 2007: Ada Marra est élue au Conseil national. Moins de 200 voix la séparent d’un colistier. La socialiste paraît étonnamment distante par rapport à l’enjeu. Mai 2009: dans L’Illustré, la conseillère nationale révèle qu’elle souffre de la sclérose en plaques. Elle l’a appris il y a deux ans en pleine campagne.
Pour couper court aux rumeurs, Ada Marra a décidé de témoigner. La Société suisse de la sclérose en plaques fête ses 50 ans. La Vaudoise souhaite attirer l’attention sur une maladie méconnue qui touche entre 10 à 15 000 personnes en Suisse. Si sincère soit-il, cet aveu interpelle.
Lorsque sa santé est gravement atteinte, un politicien ne s’appartient pas totalement, il doit respecter le mandat de ses électeurs. Depuis le livre choc sur Ces malades qui nous gouvernent, paru en 1976, la transparence s’est peu à peu imposée, même si le besoin de vérité n’est pas le même lorsqu’il s’agit d’un président, d’un ministre ou d’un parlementaire. Un conseiller fédéral ou un conseiller d’Etat peut être absent quelques semaines. Au-delà de trois mois d’incapacité, il est contraint de démissionner, la charge de travail pour ses collègues devient trop lourde; de plus, dans un système collégial, la légitimité des décisions est entachée si un des membres ne peut durablement statuer.
Pour un conseiller national, le couperet de la démission est moins impitoyable. Selon la nature de la maladie, il peut se soigner entre les sessions, et parfaitement assumer son mandat. Les statistiques d’absentéisme des parlementaires ne démontrent pas une corrélation avec les ennuis de santé des uns ou des autres. Une absence pour cause de mal chronique sera d’autant mieux tolérée que beaucoup ratent des votes pour des motifs professionnels ou à cause du cumul des mandats. Indulgence d’un parlement de milice.
Toutefois la pipolisation de la vie politique brouille les codes, créant parfois artificiellement du drame. Face à une Ada Marra, souvent mordante dans les débats, certains ne redouteront pas de jouer la condescendance sur le mode «ne vous fatiguez pas». D’autres feindront d’ignorer et passeront également pour des mufles.
Tout dépendra de l’attitude de la conseillère nationale. Comme l’a montré Jean-Pascal Delamuraz, même lorsque le mal progresse insidieusement, la fonction, la mission, permet de rester debout et d’assumer sa charge avec autant de courage, de dignité que d’efficacité. Un choix de vie. Et une question délicate de responsabilité individuelle.

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