Rédigé à 13:09 dans Grâce et disgrâce, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Automne 2007: Ada Marra est élue au Conseil national. Moins de 200 voix la séparent d’un colistier. La socialiste paraît étonnamment distante par rapport à l’enjeu. Mai 2009: dans L’Illustré, la conseillère nationale révèle qu’elle souffre de la sclérose en plaques. Elle l’a appris il y a deux ans en pleine campagne.
Pour couper court aux rumeurs, Ada Marra a décidé de témoigner. La Société suisse de la sclérose en plaques fête ses 50 ans. La Vaudoise souhaite attirer l’attention sur une maladie méconnue qui touche entre 10 à 15 000 personnes en Suisse. Si sincère soit-il, cet aveu interpelle.
Lorsque sa santé est gravement atteinte, un politicien ne s’appartient pas totalement, il doit respecter le mandat de ses électeurs. Depuis le livre choc sur Ces malades qui nous gouvernent, paru en 1976, la transparence s’est peu à peu imposée, même si le besoin de vérité n’est pas le même lorsqu’il s’agit d’un président, d’un ministre ou d’un parlementaire. Un conseiller fédéral ou un conseiller d’Etat peut être absent quelques semaines. Au-delà de trois mois d’incapacité, il est contraint de démissionner, la charge de travail pour ses collègues devient trop lourde; de plus, dans un système collégial, la légitimité des décisions est entachée si un des membres ne peut durablement statuer.
Pour un conseiller national, le couperet de la démission est moins impitoyable. Selon la nature de la maladie, il peut se soigner entre les sessions, et parfaitement assumer son mandat. Les statistiques d’absentéisme des parlementaires ne démontrent pas une corrélation avec les ennuis de santé des uns ou des autres. Une absence pour cause de mal chronique sera d’autant mieux tolérée que beaucoup ratent des votes pour des motifs professionnels ou à cause du cumul des mandats. Indulgence d’un parlement de milice.
Toutefois la pipolisation de la vie politique brouille les codes, créant parfois artificiellement du drame. Face à une Ada Marra, souvent mordante dans les débats, certains ne redouteront pas de jouer la condescendance sur le mode «ne vous fatiguez pas». D’autres feindront d’ignorer et passeront également pour des mufles.
Tout dépendra de l’attitude de la conseillère nationale. Comme l’a montré Jean-Pascal Delamuraz, même lorsque le mal progresse insidieusement, la fonction, la mission, permet de rester debout et d’assumer sa charge avec autant de courage, de dignité que d’efficacité. Un choix de vie. Et une question délicate de responsabilité individuelle.
Rédigé à 07:50 dans Femmes, Politique, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Dans les années 1970 et 1990, les difficultés conjoncturelles avaient profité aux socialistes. Les dernières élections cantonales, notamment en Argovie et à Soleure, se soldent par des pertes de sièges. Les Verts continuent eux de progresser. Malgré les discours offensifs, presque vengeurs, de son président sur la déconfiture du modèle libéral, les électeurs socialistes ne se mobilisent pas. Le problème est surtout alémanique et déjà s’esquisse une explication nauséabonde. Le Welsche Levrat, aussi doué soit-il en schwyzertütsch, ne passerait pas. Cette lâche hypothèse dédouane les sections alémaniques et le peu visible secrétariat central de toute responsabilité. Si l’on ne distingue que Levrat Outre-Sarine, c’est que les socialistes charismatiques y font défaut ; nombre de femmes se sont usées, et ont usé leur pourvoir de conviction face à l’opinion, à force d’attendre l’improbable succession de Moritz Leuenberger. Un autre facteur joue en défaveur des socialistes alémaniques: leur électorat est en grande partie composé de bobos, aux convictions sociales plus idéales qu’identitaires. Désormais les urbains branchés sont séduits par le discours des Verts. De ce côté-ci de la Sarine, le panorama est tout autre. Comme le prouve la victoire socialiste à la Municipalité d’Yverdon-les-Bains, le canton de Vaud reste un « Maillardland ». De même, Neuchâtel est un « Studerland » et Fribourg, un pôle d’excellence qui a exporté Alain Berset et Christian Levrat sur la scène nationale. En Suisse romande, le parti socialiste s’affiche aussi comme celui des bobos, mais il a su cultiver son vernis ouvrier. Sur le modèle de Pierre-Yves Maillard naguère, nombre de ses mandataires passés par la filière universitaire veillent à pouvoir afficher sur leur CV quelques années d’engagement syndical ou associatif fort. L’image et le talent de quelques uns ne font pas tout. Le parti socialiste vaudois, par exemple, doit se garder de devenir ce que fut le parti radical naguère : une formation fourre-tout plus habile à gérer les carrières de notables que les projets. Car lorsque le charisme s’émousse, les bilans restent. Comme le mesurent durement les radicaux et libéraux en quête de résurrection triomphale, le succès électoral repose certes sur la qualité de la relève (qu’il faut veiller à former), tout autant que sur la pertinence de la vision politique. On n’attrape pas longtemps les électeurs avec du vide.
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Demain nous fêtons le 211 anniversaire de la Révolution vaudoise, on dit plus précisément l’Indépendance.
Drôle de révolution. En pleine cramine hivernale, les
Vaudois se révoltent contre la férule bernoise qu’ils supportent placidement depuis
262 ans. Les occupants, les baillis, acceptent de partir. On ne s’est pas battu
dans les villes vaudoises. Pas
d’événement équivalant à la prise de la Bastille. Une révolution drôlement
pacifique. Enfin pas tout-à-fait, les troupes françaises du Directoire ne sont
pas loin, elles entreront dans le pays de Vaud trois jours plus tard.
Les Vaudois se libèrent des Bernois, mais avec l’aide
bienveillante et intéressée des Français. Les patriotes, Frédéric César de La
Harpe notamment, ont beaucoup intrigué à Paris pour obtenir cette
« protection ». La Révolution vaudoise a été pacifique, mais elle
aura un coût : 700 000 livres de France comme contribution à l’entretien
des troupes. Les choses finiront tout à fait mal pour les Bernois et d’autres
Alémaniques qui se battront et seront défaits par l’armée française.
Des libérateurs pour nous, des envahisseurs et des combats
sanglants pour les autres, l’histoire diffère, la mémoire n’est pas la même.
1798 marque la fin de l’Ancien Régime, mais en 1998, ce bicentenaire
n’a pas été fêté sur le plan national, seulement dans certains cantons.
Nous sommes tous Suisses mais nous n’avons pas le même
rapport au passé. Cette différence pèse sur notre conception de l’identité
nationale, et notre rapport à l’histoire européenne.
Ceci dit, si nous revenons simplement au Pays de Vaud et à
sa Révolution, il faut savoir que le 24 janvier n’a pas toujours été célébré.
Cette fête a été inventée à la fin du XIXème siècle dans un
souci de fortifier l’esprit patriotique. Les Français en 1889 ont commencé à
fêter leur 14 juillet. En 1891, la Suisse initie la célébration mythique de
l’alliance des Waldstätten, le 1er août est déclaré fête nationale.
En 1898, les Vaudois s’offrent à leur tour leurs festivités.
La coutume s’installe même si le jour n’est jamais devenu férié. On tire aux
canons depuis Sauvabelin, et certains partis ou associations organisent un
banquet. La saison est peu propice aux grandes démonstrations de rue.
Il m’est arrivé de penser que l’on aurait peut être dû choisir
le 14 avril 1803 comme jour de fête. Il s’agit de l’entrée en souveraineté du
canton, enfin reconnu comme membre à part entière de la Confédération. Avril
pour un bal populaire ou un défilé, c’est mieux que janvier, non ? Ce
débat n’a jamais eu lieu, mais la nouvelle Constitution du canton de Vaud porte
la date du 14 avril 2003.
* Chroniques sur LFM (103.3), du lundi au vendredi, à 7h50
Rédigé à 08:01 dans Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le canton de Vaud peut bomber le torse. Deux ans après la création de la Fondation pour l’accueil de jour des enfants, les objectifs sont plus qu’atteints. Le canton souhaitait à l’horizon 2011 la création de 2500 places d’accueil supplémentaires. Doris Cohen-Dumani, présidente de la FAJE, a annoncé hier qu’il y en aurait 3000. Le taux de couverture des besoins va ainsi passer de 12,3 à 15,3%.
C’est formidable. En encourageant la création de réseaux
impliquant les communes, les parents, mais surtout les entreprises, Vaud a mis
au point un système unique.
Dans la durée l’engagement de Doris Cohen-Dumani doit être
souligné. L’ancienne municipale lausannoise a d’abord fait en sorte de développer
l’offre d’accueil en crèches et garderies. Puis comme députée, elle est
inlassablement intervenue pour que le canton et les entreprises s’impliquent et
étendent l’offre. Elle assure maintenant le suivi en présidant la Fondation.
La radicale a pu compter sur le soutien de la gauche, pour
laquelle le développement de la prise en charge extra-scolaire est une
revendication majeure.
A Lausanne, c’est d’ailleurs un socialiste, Oscar Tosato,
qui a repris le flambeau. La capitale peut se targuer de répondre à tous les
besoins d’accueil extra-scolaire, je dis bien toutes les demandes sont absorbées.
Pour les moins de 3 ans hélas, malgré les moyens supplémentaires mis en œuvre,
la liste d’attente reste le cauchemar des jeunes parents.
Manière de vous dire ce matin que s’il faut féliciter Doris
Cohen-Dumani, Oscar Tosato, mais aussi Anne-Catherine Lyon, la conseillère d’Etat qui a porté
ce dossier, il y a encore des dizaines, des centaines de parents qui n’ont pas
encore trouvé de solution de garde satisfaisante.
Pour se faire une idée de ce qu’il reste à accomplir, il convient
de regarder les objectifs que les membres de l’Union européenne se sont fixés.
Pour les moins de 3 ans, on estime que l’offre devrait être d’un tiers. Pour
100 bébés nés, il faudrait que 33 puissent trouver des places en crèches. Pour
100 écoliers, il conviendrait d’offrir 90 places d’accueil.
Cela vous paraît énorme ? Trois quarts des mères
travaillent, et même si c’est le plus souvent à temps partiel, cela veut dire
qu’il faut des cantines à midi, des structures d’accueil avant et après les
cours.
Je le mentionnais plus haut, Lausanne offre 100% de taux de
couverture pour ce type d’accueil extra-scolaire, cela signifie qu’avec 15,3 %
de taux de couverture sur l’ensemble du canton, toutes structures confondues, on
est, hélas, très très loin du compte. Trop de communes ou d’entreprises n’ont
pas encore pris leurs responsabilités.
* Chroniques sur LFM (103.3), du lundi au vendredi, à 7h50
Rédigé à 08:20 dans Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Non ce qui est sûr, enfin presque sûr, c’est que, avec le départ de Samuel Schmid, le canton de Berne ne sera plus représenté au Conseil fédéral… ça n’a l’air de rien, mais c’est cosmique: depuis 1848, le canton de Berne a toujours eu un représentant au gouvernement, à part une courte exception entre 1980 et 1988 durant laquelle le Grison Léon Schlumpf avait squatté le siège bernois.
Depuis l'entrée du parti agrarien au Conseil fédéral en 1929, tous les ministres bernois ont été élus sous les couleurs de l'UDC.
En 160 ans, Zurich a été le canton le plus représenté avec 19 conseillers fédéraux. Vaud a eu 14 conseillers fédéraux et Berne 12. Il n'y a en revanche jamais eu de ministre jurassien, schwyzois, nidwaldien, uranais et schaffhousois.
Pour un grand canton comme Berne, le fait de ne plus avoir de représentant au Conseil fédéral n’est pas anodin. Il signale une sorte de déclin, ou tout au moins de passage à vide.
Ce constat vaut également pour notre cher canton de Vaud, qui a perdu sa place en 1998, lors du départ de Jean-Pascal Delamuraz.
Que l’on me comprenne bien, avoir un conseiller fédéral ne signifie pas qu’un canton est privilégié. Nos ministres mettent un point d’honneur à affirmer qu’ils sont les représentants de tous les Suisses et pas d’une région particulière. C’est une question de légitimité.
Mais lorsque Vaud, Berne ou Zurich, les trois cantons les plus peuplés du pays, n’ont plus de relais au gouvernement, ils leur manquent une sorte de ligne directe, l’aura qui fait s’ouvrir les portes dans l’administration fédérale et permet de pousser les dossiers d’envergure.
Ces dix dernières années, Vaud a trimé dur pour surmonter ce handicap, décuplé par le fait qu’il s’interdit d’avoir des conseillers d’Etat siégeant au Parlement. Il a d’abord cru, un peu naïvement, que des contacts réguliers avec les députés suffiraient. Avant de mesurer douloureusement sa perte d’influence sur la scène fédérale, par exemple dans le dossier de la troisième voie CFF.
Sous l’impulsion de Pascal Broulis, il s’est donné quelques moyens d’être plus visible sous la Coupole avec l’engagement d’un lobbyiste, mais aussi l’organisation de séance de travail dans la capitale.
Une question reste ouverte, les partis politiques ont-ils suffisamment préparé la relève pour réinstaller prochainement un Vaudois au gouvernement ? Des noms circulent, mais ils n’ont pas conquis, comme Delamuraz ou Couchepin naguère, l’aura de l’évidence. C’est que pour être élu au Conseil fédéral, il vaut mieux être parlementaire.
Je le maintiens, l’interdiction du double mandat par l’Assemblée constituante était une grosse bêtise.
* Chroniques sur LFM (103.3), du lundi au vendredi, à 7h50
Rédigé à 07:59 dans Politique, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Il n’y aura pas de Musée cantonal des Beaux-Arts à Bellerive. La plupart des opposants ne contestant pas l’opportunité d’une telle infrastructure, il faut essayer de comprendre d’où vient le non.
Il faut regarder la carte du
vote sur le site internet de l’Etat de Vaud. Dans l’arrière pays, on a dit non,
sauf exception. Plus on se rapproche des rives lémaniques, plus le vert
symbolisant le oui s’est imposé. Ceux qui vivent les pieds dans le lac redoutent
moins que ceux qui ne le voient pas d’y installer un projet architectiral
d’envergure.
Il y a une notable
exception : Lausanne. La ville la plus concernée, parce capitale, parce
que lieu d’emplacement du projet, s’est déchirée. J’ai envie de dire : les
promeneurs de chiens ont gagné, cet argument a réellement été prépondérant pour
certains votants, mais ce serait réducteur. D’autres oppositions au musée à
Bellerive avait des arguments plus sérieux, l’envie d’un projet plus ambitieux,
mieux intégré au centre ville. N’empêche, le spectacle des divisions
lausannoises a pesé sur la campagne. Etrange tout de même cette ville si fière
du M2 incapable de s’inventer un nouveau défi.
Une chose doit être
soulignée, les Conseillers d’Etat, qui ont fait du nouveau musée un point-phare
de leur programme de législature, n’ont pas convaincu dans leurs communes de
domicile, qu’elle soit petite comme celle de Jean-Claude Mermoud, Eclagens, ou
grande, comme celle d’Anne-Catherine Lyon et de Pierre-Yves Maillard, Lausanne.
Seule Jacqueline de Quattro a convaincu à la Tour-de-Peilz. Mais le président
du gouvernement n’a pas convaincu les Sainte-Crix.
La carte fait apparaître
beaucoup de votes serrés, reflets de doutes, de manques de conviction, d’une trop
longue et controversée gestation. Conclusion, il a manqué une force de
persuasion.
L’ouvrage devra être remis
sur le métier. Indépendamment des collections privées qui pourraient aller se
faire voir ailleurs, au sens le plus trict de l’expression, l’actuel musée des
Beaux-Arts déborde de tableaux qui ne peuvent être exposés faute de place.
Je propose deux pistes.
Prendre nombre d’opposants au mot et empoigner l’option Riponne. Si cette place
est un désastre urbanistique, c’est notamment à cause de l’horrible bâtiment
utlisé par l’administration cantonale au Nord. Rasons-le, et demandons à nos
meilleurs architectes de revoir toute la place et de dessiner un musée. L’administration
cantonale pourra trouver à se loger ailleurs.
Autre option : si ce
musée doit être celui de tous les Vaudois, il ne doit pas nécessairement être
construit à Lausanne. Pourquoi ne pas envisager de l’édifier à Moudon, à
Echallens, à Cossonay ou à Orbe, et relier ce nouveau haut-lieu culturel à la
capitale par une ligne de transport public, qui fera également le bonheur des
pendulaires ?
* Chroniques sur LFM (103.3), du lundi au vendredi, à 7h50
Rédigé à 08:00 dans Culture, Lausanne, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Ça vous dirait de déménager ? Où croyez vous qu’il faut aller pour avoir des loyers bon marché, des primes d’assurance-maladie basses, peu d’impôts, et donc un revenu disponible coquet ?
Dans les cantons d’Appenzell Rhodes intérieures, d’Obwald ou de Glaris. Selon une étude du Credit Suisse parue hier, ce sont les plus intéressants.
Vous avez failli dire Zoug et Schwytz ? Grave erreur. Vous retardez d’une guerre fiscale. La bataille pour les impôts les plus bas qui fait rage Outre-Sarine commence à déployer des effets pervers. Les riches se sont rués dans les petits paradis fiscaux, que l’autoroute met à moins d’une heure de Zurich, mais les prix de l’immobilier ont flambé.
L’enfer est pavé de bonns intentions. Désormais, Zoug perd plus d’habitants qu’elle n’en accueille. Cela s’appelle, je crois, un revers de fortune ou le revers de la médaille.
La même étude désigne Genève, Bâle, Vaud, Zurich et Neuchâtel comme de vrais enfers : tout y est trop cher, le logement, la fiscalité, les primes-maladie. Les hauts salaires ne changent rien à l’affaire : une fois que vous avez payés vos charges, vous avez moins d’argent à disposition pour manger ou vous distraire.
Vous n’avez pas envie d’émigrer en Suisse allemande pour préserver votre pouvoir d’achat? Le top du top où l’on parle français sans se ruiner, c’est le Jura.
Vous n’êtes toujours pas convaincu ? Vous redoutez de regretter la vue sur le lac. Je crains que vous n’ayez raison… les Jurassiens eux-mêmes ont l’habitude de déserter.
Dès lors, la morale que l’on peut tirer de cette étude est intéressante : l’argent ne fait pas le bonheur, et ces temps-ci c’est un constat plutôt réconfortant.
Nous les Romands, et plus particulièrement les Lémaniques, nous sommes heureux de payer pour notre qualité de vie, et ça c’est carrément un scoop. Car, selon cette étude du Credit Suisse, il faudrait fuir les villes, les pôles les plus dynamiques du pays, pour préserver notre pouvoir d’achat.
Etre si près de ses sous que l’on ne rechigner pas à se compliquer la vie, et à se complaire dans un destin de pendulaire perpétuel.
Car, il y a comme un biais ou un manque écologique. Les coûts de transports ne sont pas incorporés dans les frais fixes. Ni le plaisir citadin, souverain, précieux, que l’on peut éprouver à se rendre à l’opéra ou au cinéma à pied.
Vous je ne sais pas, mais moi c’est sûr, je ne quitte pas Lausanne.
* Chroniques sur LFM (103.3), du lundi au vendredi, à 7h50
Rédigé à 08:57 dans Culture, Economie, Lausanne, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Dans la campagne pour ou contre le Musée des Beaux-Arts, on entend parfois un drôle d’argument. On aurait dû prévoir plus ambitieux, plus beau, une sorte de Bilbao sur Léman, référence à la fondation Guggenheim dessinée par Frank Gehry et dont l’architecture déconstructiviste a bouleversé l’image de la cité basque.
Première observation : ces tenants de l’audace et de la modernité risquent de gonfler les rangs de ceux qui contestent le projet de musée à cause de son seul emplacement à Bellerive. Ils veulent un musée voyant au bord du Lac, alors que les autres veulent préserver une pelouse pour chiens jouxtant un panorama sublime, mais prétendent qu’ils ne sont pas hostiles à un nouveau bâtiment pour abriter les collections trop à l’étroit à Rumine. Si les référendaires gagnent, et si le moindre projet de musée renaît dans les années à venir, ce sera à des kilomètres du lac.
Deuxième point : à ce stade, nous votons sur un crédit d’étude de 340 000 francs, et ce crédit est déjà contesté. Je ne suis pas sûre qu’une facture de plusieurs millions de francs récolterait l’adhésion populaire. La fondation Guggenheim de Bilbao a coûté la bagatelle de 150 millions d’euros, 225 millions de nos francs environ. En dix ans toutefois, le retour sur investissement a été tel que les autorités n’ont pas regretté l’audace de leur mise de départ.
Mais les Suisses, les Vaudois seraient-ils capables d’un tel pari ? J’entends déjà les objections : folie des grandeurs, dépense de prestige, trop somptuaire. Je doute que nos procédures de démocratie directe autorisent un rêve aussi extravagant.
Troisième objection : si le 30 novembre les Vaudois refusent le projet de Bellerive, je ne pense pas qu’il y aura un plan B. Du moins pas avant des années. Longtemps, le projet de nouveau musée a été gelé par la situation calamiteuse des finances cantonales. Il retournera presto dans le pire des congélateurs en cas de refus. Le retournement conjoncturel actuel claque la porte. Quand l’économie va mal, quand le chômage remonte, difficile de faire passer une dépense culturelle. Les pères la rigueur auront beau jeu de s’appuyer sur le désaveu populaire pour noyer toute véléité de faire renaître un quelconque projet.
Mais ne soyons pas trop tristes, en matière de bâtiment emblématique, si nous avons raté Bilbao sur Léman, il nous reste le château de Chillon, pôle d’attraction pour les touristes du monde entier depuis que le mot « touriste » existe. Le mieux est l’ennemi du bien. Et entre Chillon et Bellerive, on peut prévoir de belles synergies. A condition de voter oui le 30 novembre.
* Chroniques sur LFM (103.3), du lundi au vendredi, à 7h50
Rédigé à 00:20 dans Culture, Lausanne, Politique, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Devinette: l’EPFL, notre superuniversité technologique, symbole de l’excellence romande, existerait-elle si les deux cantons lémaniques avaient dû s’entendre? Il est permis d’en douter, et il faut se réjouir que l’ancienne EPUL des Vaudois soit devenue une institution fédérale dès 1969. Lorsque Genève et Vaud ont – parfois – surmonté leurs préjugés respectifs et songé à collaborer, la déception a plus souvent été au rendez-vous que la concrétisation dynamique. Au fond de la Versoix gisent depuis dix ans le réseau hospitalier universitaire de Suisse occidentale, un livre blanc censé doper le travail commun, et même un projet roboratif de fusion.
Dans les discours, la coopération entre cantons semble toujours évidente, surtout lorsqu’il s’agit d’infrastructures. Dans les faits, elle s’avère lourde, fastidieuse, avec beaucoup d’effets d’annonce et des résultats qui se font attendre jusqu’à ce que l’on oublie qu’on les avait espérés.
S’est ainsi installée la fâcheuse tendance à croire que ce qui dépasse l’action d’un seul canton doit venir de Berne. C’est cet aveuglement qui explique en partie le retard accumulé dans le dossier de la troisième voie CFF entre Lausanne et Genève. Plutôt que de prendre les choses en main, les responsables politiques ont attendu que les décisions tombent du ciel
(bernois).
Au royaume des coopérations qui vivotent, les transfronta-lières semblent encore plus condamnées que les intercantonales à brasser beaucoup d’air et de bonnes intentions. Il y a toujours une explication simple à leur manque de résultats concrets et concernant pour les citoyens: elles se heurtent aux disparités institutionnelles.
Président du Conseil d’Etat vaudois pour cinq ans, mais aussi du Conseil du Léman jusqu’en 2009, et d’arcjurassien.ch jusqu’en 2011, Pascal Broulis se targue de cumuler plusieurs casquettes pour mieux faire exister la région transfrontalière, dont son canton est le cœur. Il a décidé de partir du terrain. Après tout, Vaud a déjà réalisé avec Fribourg un gymnase intercantonal dans la Broye, et a mis sur les rails avec le Valais un hôpital intercantonal pour le Chablais. Mardi dernier, il a présenté un schéma de cohérence des transports sur le bassin lémanique. Une manière de donner une visibilité à la région, mais aussi, à terme, de la doter des infrastructures dont elle a besoin, en utilisant tous les financements possibles. Sera-ce suffisant pour faire enfin du Léman un vrai mare nostrum et plus une frontière?
Rédigé à 00:47 dans Politique, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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