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Le règne d'Alexander Segert pourrait-il se retourner contre l'UDC? Cela fait depuis 2007 que le publicitaire zurichois trône sur le langage visuel politique: les moutons noirs, les minarets, le violeur Ivan S. - toutes des votations populaires gagnées notamment grâce à un message manichéen et graphiquement efficace.
Face à tant de premier degré, la satire s'impose. C'est ce que propose dorénavant le blog "SVP Plakate Verhunztexten" (écorcher les affiches de l'UDC), avec une galerie subversive du message nationalo-conservateur de l'initiative pour stopper l'immigration. Un délice.
Rédigé à 10:30 dans Elections fédérales 2011, Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Rédigé à 17:29 dans Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Que vaut la capacité pour la Suisse de passer des accords de
libre-échange avec qui elle veut? Combien pèse cette autonomie
de la diplomatie économique? Mérite-t-elle que la Suisse gobe sans sourciller des mètres de législation européenne? Vaut-elle que nous acceptions un EEE bis (Espace économique européen), un accord-cadre ou Dieu sait quelle fantaisie juridico-institutionnelle encore à inventer, dans tous les cas des camisoles de force nous réduisant au rang de satellite consentant de l’Union européenne? Les accords de libre-échange obtenus quelques mois ou années avant que l’UE ne conclue les mêmes valent-ils que nous bradions notre souveraineté?
Telle est la question qu’il faudra bien trancher. Prospérité bâtie sur de fragiles avantages concurrentiels ou dignité? L’usure de la voie bilatérale dans nos relations avec les Vingt-Sept, entérinée lundi à Bruxelles par Doris Leuthard, va rouvrir le jeu des plus ou des moins dans les colonnes des options qui se présentent à nous.
L’accord-cadre ou un EEE bis ont pour grossier désavantage de nous obliger à la reprise automatique (pour ne pas dire humiliante) du droit communautaire. C’est pour pallier cet immense défaut que les conseillers fédéraux Felber et Delamuraz, tonitruants, avaient annoncé en mai 1992 leur volonté de voir la Suisse adhérer à terme à l’UE. Ces deux-là
avaient une conception de la souveraineté nationale dont on n’a, hélas, plus la moindre idée à Berne.
A cet égard, les cantons, qui ont fait savoir par la Conférence des gouvernements qu’ils étaient favorables à un accord-cadre, ne se mettent pas moins le doigt dans l’oeil, ou dénotent une curieuse connaissance du dossier, s’ils croient que ce toit juridique ménagerait mieux la préservation de leur souveraineté que l’adhésion.
L’entrée dans l’UE comporte un inconvénient majeur, l’abandon du franc. En l’état actuel de la zone-euro, l’objection est rédhibitoire. C’est pourquoi le Conseil fédéral, au lieu de chipoter sur des demi-solutions, devrait avoir le courage de prôner l’adhésion, la seule solution où nous recouvrons un démocratique droit de codécision avec nos partenaires
et un réel pouvoir d’influence.
Oser l’adhésion mais en négociant la non-reprise de l’euro (certes contraire aux traités, mais qui souffre déjà tant d’exceptions) ne paraît
pas hors de portée. La Suisse, comme l’a souligné Doris Leuthard face à ses intransigeants interlocuteurs bruxellois, a rendu récemment d’éminents services monétaires à l’UE. Profitons-en. C’est peut-être notre dernière chance pour obtenir une adhésion à la carte.
Rédigé à 15:34 dans Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
C’est la divine bonne surprise de ce printemps, le conseil d’administration et l’assemblée des délégués de la SSR ont désigné Roger de Weck pour succéder à Armin Walpen. Qui mieux que ce journaliste, esprit cosmopolite né dans une grande famille fribourgeoise, ce parfait bilingue, ce Suisse qui a fait carrière en Allemagne, incarne la fameuse «idée suisse» que l’audiovisuel public s’est choisie comme slogan en 1999?
Roger de Weck est un intellectuel écouté de part et d’autre de la Sarine (ce doit être un des seuls, hélas). Il est rassurant que l’on songe encore à placer sur les plus hautes marches du pouvoir quelqu’un comme lui, capable de penser en toute indépendance la Suisse et son rapport au monde. Président jusqu’ici de l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, il est un pro-européen notoire.
Sa nomination déclenche l’ire de l’UDC, qui veut y voir une manoeuvre du conseiller fédéral Moritz Leuenberger. Quel manque de fair play.
Il n’y a pas que Christoph Blocher qui sache monter des coups! Qu’aurait dit cette même UDC si le conseiller national libéral-radical zurichois Filippo Leutenegger, très proche d’elle, avait été choisi? Sa satisfaction, à n’en pas douter.
L’UDC a tort de s’énerver. Avec ou sans Roger de Weck à la tête de la SSR, le retour de la question européenne est programmé. Faut-il adhérer à l’Union européenne? Depuis bientôt vingt ans, le Conseil fédéral ne parvient pas à répondre clairement par un oui ou un non définitif. Il a promis pour cet été de faire le point. Et, c’est à craindre, de nouvelles prodigieuses arguties.
Les cantons veulent aussi s’en mêler. La Conférence des gouvernements cantonaux prépare un rapport. Les plus audacieux souhaitent obtenir un droit de co-négociation au côté de la Confédération. La CdC rappelle que ce sont les cantons qui in fine appliquent les règles de l’UE reprises par la Suisse. Même sans adhésion formelle, le fédéralisme est déjà sous pression. Les 26 cantons et demi-cantons sont des Etats. Certains d’entre eux ont plus d’habitants et de budget que de petits membres de l’UE comme Malte ou le Luxembourg. Mais doublement rien à dire sur le cours des affaires continentales. Frustrant et de moins en moins tolérable.
Rédigé à 16:46 dans Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Nicolas Bideau retournera en 2011 à la diplomatie. Les critiques qu’il a endurées à la tête de la Section cinéma témoignent plus de l’égotisme du milieu, invariablement chagriné par l’intervention des politiques quels qu’ils soient, que de ses qualités personnelles.
La direction de Présence Suisse n’est pas un cadeau. L’entité poursuit de nobles missions: s’assurer du rayonnement de la Suisse dans le monde, mais aussi alerter sur les dégâts d’image et tenter d’y remédier par des actions préventives. Sur le papier, un job de rêve: super-ambassadeur et super-analyste au service d’un pays aux particularismes intrigants.
Nicolas Bideau va se heurter à de robustes obstacles qui relégueront les jérémiades des cinéastes au rang de sympathiques murmures. Une bonne partie de la classe politique n’a toujours pas rompu avec le préjugé séculaire qui veut que tout activisme ostentatoire à l’étranger relève du gaspillage. Dans cette conception zéro des affaires extérieures, il faut limiter l’activité diplomatique de la neutre Helvétie au strict minimum. Micheline Calmy-Rey doit ainsi justifier chaque centime dépensé. La taille du réseau diplomatique est régulièrement discutée, tout comme l’opportunité d’installer plus ou moins d’ambassades au-delà du Vieux-Continent. Faire des contacts avec l’UE une priorité ou au contraire miser sur le reste de la planète? A Berne, la tension entre ces deux nécessités est permanente. Dans son récent rapport de politique extérieure, la cheffe du DFAE a prévenu: une plus grande efficacité passe aussi par un accroissement des ressources.
Les milieux économiques réclament désormais un meilleur lobbying de la Confédération. Ils cultivent la conviction que le Conseil fédéral n’a pas su prendre la mesure des ennuis qui ont déferlé sur la Suisse. Pas faux, mais l’histoire dira peut-être un jour si les membres du gouvernement n’ont réellement rien vu venir, ou s’ils n’ont pas écouté ceux qui tiraient la sonnette d’alarme…
Cultiver les réseaux, disent donc les patrons, oubliant que le meilleur de ces réseaux se trouve à Bruxelles où un conseiller fédéral peut s’adresser et converser avec 27 autres ministres en une seule séance.
Viser les pays émergents, ajoutent-ils avides de voir le Conseil fédéral leur décrocher des accords de libre-échange sur mesure.
Sinologue, ayant été basé en Inde, conseiller diplomatique de
Pascal Couchepin lorsque celui-ci fut accueilli au G8 d’Evian, Nicolas Bideau ne manque pas de qualités pour relever le défi. Mais il n’a pas fini de prendre des coups, tant la politique étrangère est en Suisse un champ de batailles intérieures.
Rédigé à 07:10 dans Culture, Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
De l’affaire Kopp à la débâcle d’UBS en passant par Swissair et les fonds en déshérence, il a traversé toutes les crises. Sans savoir en tirer la moindre leçon.
Un Monsieur Loyal à l’écoute, comme seuls les politiciens d’exécutif savent l’être, pétri de l’infinie patience de ceux qui ont entendu des cohortes de parlementaires argumenter avec véhémence, un président plein de bonne volonté pour dompter la colère des actionnaires d’UBS et essayer d’éviter le pire, le refus de la décharge pour 2007. Dans ce rôle ingrat qu’il fallait bien que quelqu’un joue avec humilité et fermeté, Kaspar Villiger a été ce mercredi 14 avril à Bâle si responsable et admirable.
Mais peut-être est-il temps de relire la trajectoire du radical lucernois, 14 ans et 11 mois au Conseil fédéral, déjà une année à la tête du Conseil d’administration d’UBS, autrement. Un politicien est-il là pour subir, endurer, ou diriger? Depuis son élection en février 1989, il a été au centre de tous les traumatismes qui ont secoué la Suisse.
Toujours présent, toujours l’air étonné de subir pareil gros temps, campant sur ses positions, mais ne captant pas les vrais enjeux.
Lorsqu’il est choisi par l’Assemblée fédérale, Kaspar Villiger est le M. Propre, l’entrepreneur intègre qui doit faire oublier à la Suisse l’affaire Kopp, du nom de la première conseillère fédérale contrainte à la démission pour un péché très véniel si l’on considère les avanies que la Suisse a subi depuis. Le nouveau ministre radical commence plutôt bien. Il oeuvre à la modernisation du Département militaire avec
Armée 95, une réforme qui devait ouvrir à la collaboration avec des armées étrangères. On le considérera aussi comme un bon ministre des Finances, même si sous son règne de 1995 à 2003 la dette s’envole. Mais, ce n’est pas un visionnaire. Il ne soutient pas Jean-Pascal Delamuraz lorsque en 1992 celui-ci ouvre la discussion sur l’adhésion à l’Union européenne (UE) qui devrait suivre le ralliement à l’Espace économique européen.
Excuses historiques. En 1995, Kaspar Villiger est pour la première fois président de la Confédération. Le 7 mai, devant l’Assemblée fédérale qui commémore les cinquante ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale, il s’excuse pour le tampon «J» apposé dès 1938 sur les passeports des juifs par les autorités suisses. Le patron d’UBS Robert Studer vient de qualifier de «cacahuètes» les avoirs non réclamés dans les banques depuis 1945. L’affaire des fonds juifs en déshérence va secouer la
Suisse. A l’exception de Ruth Dreifuss, les conseillers fédéraux en place tardent à en prendre la mesure, incrédules face aux attaques du Congrès juif mondial, et hésitant sur la stratégie à tenir.
En 1998, UBS et Credit Suisse payent 1,25 milliard de dollars, un accord global pour faire taire les critiques et leur permettre de développer leurs affaires aux Etats-Unis. Kaspar Villiger inaugure l’habit de pompier d’UBS, maîtrisant l’incendie, mais incapable de prendre les mesures qui éviteraient que le feu reparte à la première occasion.
La crise suivante le plonge dans le même embarras. Dans la foulée du 11 septembre 2001, Swissair connaît son grounding. Faut il aider la compagnie nationale? Villiger le libéral rechigne à agir pour le maintien d’une infrastructure essentielle à l’économie du pays. Son successeur Hans-Rudolf Merz éprouvera le même vertige idéologique quand UBS frôlera la faillite en 2008. Lorsqu’il sollicite finalement l’aide d’UBS pour sauver Swissair, Kaspar Villiger se fait humilier par Marcel Ospel qui ne prend pas son appel urgent. Qui peut jurer que ce n’est pas le souvenir de cette vexation qui l’a conduit à accepter de reprendre la présidence du conseil d’administration d’UBS l’an dernier? De l’orgueil mal placé.
Autre exemple d’évaluation erronée, l’accord sur la fiscalité de l’épargne. Conclu en 2003, au terme d’un bras de fer avec l’UE où il a martelé que le secret bancaire n’est «pas négociable». Il croit avoir mis la Suisse à l’abri des pressions pour longtemps.
La digue, fragile, ne tiendra pas une demi-décennie.
Nuisible pour son parti. Mercredi dernier, une fois encore, le pompier Villiger n’a pas vu l’incendie qui couvait. Saura-t-il tirer la leçon de ce revers? Déjà, il louvoie, veut attendre les conclusions de la commission d’enquête parlementaire (la décision du Parlement est prévue en juin) pour déposer une plainte civile contre Marcel Ospel et les administrateurs qui n’ont pas obtenu la décharge. Il joue la montre alors que Peter Siegenthaler, directeur de l’Administration fédérale des finances, qui a traversé à ses côtés les mêmes crises, recommande une action pour «manquement au devoir de diligence». Les libéraux-radicaux risquent de payer cher dans les urnes le zèle pro-UBS de l’ancien président de la Confédération. Un parti qui met tant en exergue la responsabilité peut-il défendre une conception de la responsabilité à géométrie variable pour les banquiers?
Villiger toujours si dévoué quand cela va mal, jamais lucide ni perspicace.
Rédigé à 16:07 dans Economie, Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Le Conseil fédéral peine à clarifier son opinion sur l’opportunité d’une adhésion à l’Union européenne. Depuis, vingt ans, quel que soit le ministre en charge, il joue sur les mots et les observateurs en sont réduits à des exercices d’exégèse pour traquer l’ébauche d’une volonté, plus régulièrement sa cruelle absence!
Mais la Suisse ne vit pas que par ses Sept que plus personne n’appelle Sages. Dans les cantons, plus proches du pays réel, loin des mousses médiatiques bernoises, oeuvrent des dizaines de ministres, qui n’ont pas moins à coeur que les conseillers fédéraux de construire l’avenir de la Suisse. La Conférence des Gouvernements cantonaux a ainsi gagné en importance ces dernières années, comme toutes les assemblées spécifiques de chefs de département. La Confédération peinait à introduire l’alerte enlèvement? La Conférence des directeurs de départements de Justice et Police a pris les choses en main et l’a concrétisée.
En sera-t-il de même avec l’adhésion à l’UE? Les cantons sont appelés à prendre position. Lucerne a demandé que l’option de l’adhésion soit sérieusement étudiée. Fribourg s’est prononcé pour l’ouverture de négociations et souhaite un large débat public.
Dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel, des députés viennent à la rescousse. Mardi 26 janvier, les Verts Alessandra Silauri et Patrick Erard ont déposé devant leurs Grands Conseils respectifs une interpellation au contenu identique: quel bilan pour le canton des relations bilatérales avec l’UE?
Le socialiste François Cherix appelle aussi via un postulat à la définition d’une stratégie vaudoise en matière de politique européenne. Il se demande notamment si l’adhésion ne servirait pas mieux les intérêts cantonaux sur le plan économique et institutionnel. Un beau thème, soit dit en passant, pour ceux qui exaltent le fédéralisme! A Genève, le groupe socialiste devrait décider sous peu d’une démarche similaire.
Gesticulations vaines de pro-européens? Ceux qui redoutent la discussion le clameront avec leur inélégance coutumière. Plus sûrement, un moyen comme un autre d’amener toute la classe politique suisse, et pas seulement les parlementaires nationaux, à réfléchir sur les enjeux de souveraineté.
Les Chambres auront bien sûr leurs échanges sur la question en mars, suite au rapport de politique étrangère 2009, mais ceux-ci seront paralysés par l’hystérie de l’UDC comme chaque fois que se prononce le mot adhésion. Puissent les Parlements cantonaux trouver un ton plus pragmatique et audacieux!
Rédigé à 06:41 dans Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Les psychanalystes appellent cela le retour du refoulé. Les ménagères, la décongélation, une opération délicate si on veut éviter de se retrouver avec une bouillie infâme. 2010 sera l’année où la Suisse va rouvrir la discussion sur son adhésion à l’Union européenne (UE).
Pourquoi? Primo parce que le parti qui a imposé la voie bilatérale en 1992 la récuse désormais. L’UDC remet en cause l’accord sur la libre circulation des personnes. Effet domino garanti. Secundo parce que l’UE se fatigue. Il y a une année déjà qu’elle a notifié officiellement son extrême lassitude à nous consentir des arrangements sur mesure. Tertio parce que le contexte international change. Même le Conseil fédéral, qui redoute comme la peste d’empoigner le sujet, s’en est aperçu. Son rapport de politique étrangère, publié en septembre, constate qu’il est périlleux de maintenir au fond du congélateur l’option de l’adhésion.
La crise a donné une visibilité nouvelle au concept, longtemps creux, d’interdépendance. Sur la scène internationale, les Etats se regroupent pour agir: le G20 prend la place du G8, les pays émergents fédèrent leurs intérêts à l’Organisation mondiale du commerce, les accords de libre-échange régionaux se multiplient, le FMI n’assure plus la prépondérance des intérêts occidentaux sur ceux du reste du monde…
Prudemment, le Conseil fédéral a donc décidé de réexaminer avantages et inconvénients de la voie bilatérale et de l’adhésion.
Micheline Calmy-Rey doit présenter cet opus comparatif en début d’année déjà, pour préparer le débat parlementaire.
Une nouvelle génération. Si le tabou n’en est plus un, c’est aussi parce qu’une nouvelle génération le découvre et n’y comprend rien. Ceux qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale et ont grandi pendant la guerre froide ont façonné le débat des années 1990 et 2000. Embarrassés par les remises en question de ce à quoi ils avaient cru jusque-là, ils n’ont pas su convaincre. La génération suivante, celle née le
7 décembre 1992 s’est laissé, de guerre lasse, rattraper par d’autres priorités. Ceux qui sont nés dans les années 1990 notent que leurs aînés s’énervent et s’invectivent sur le sujet. Ils aimeraient juste être renseignés. Il faut commencer un immense travail d’information.
Comment? Pourra-t-on le faire sans se jeter toute la vaisselle confédérale à la tête? L’impulsion ne viendra guère de Berne. Le Conseil fédéral n’a pas de position claire. Même frousse chez les partis qui, obnubilés par les échéances électorales de 2011 plutôt que par l’avenir de la Suisse à long terme, redoutent que le débat sur l’adhésion ne profite qu’à l’UDC.
Car sur la scène bernoise, le magnétisme blochérien tétanise encore. Les cantons ne subissent pas la même emprise. Confrontés directement aux législations européennes qui découlent des accords passés avec l’UE, ils se montrent plus pragmatiques. Organes d’exécution, à la souveraineté sans cesse grignotée, peu leur chaut que ce soit par Berne ou par Bruxelles, pourvu que ce soit clair. Alors que le Gouvernement lucernois a demandé une nouvelle évaluation de l’adhésion, une prise de position de la Conférence des gouvernements cantonaux est attendue en début d’année.
L’aggiornamento viendra aussi de l’économie. Pas de l’association faîtière, economiesuisse qui monopolise la prise de position, mais des entrepreneurs. La perspective de ne plus pouvoir recruter la main-d’oeuvre adéquate, si l’Accord sur la libre circulation est dénoncé, en effraie plus d’un. Nombre de chefs d’entreprise appréhendent des difficultés d’accès aux marchés. Un secteur s’en émeut particulièrement, celui des services, non couvert par les accords bilatéraux.
La longue durée des historiens. Mais le débat sur l’adhésion doit gagner en profondeur. A la suite du regretté Jean-François Bergier, les historiens doivent y prendre part afin de remettre les choix de la Suisse dans leur contexte, restituer les enjeux de longue durée de ses politiques étrangère et européenne. Du transit des fromages par le Gothard aux soldats envoyés sur tous les champs de bataille, en passant par la tradition bancaire, il s’agit de montrer que notre prospérité vient des échanges avec les Européens, et que l’isolationnisme actuel, prôné par l’UDC, n’est qu’une version très abâtardie de la neutralité.
Dans cet effort de démythification, le témoignage des diplomates sera précieux. Ceux qui ont défendu les intérêts de la Suisse doivent opérer une sorte de coming out, dire plus haut et plus fort que la surenchère populiste nous nuit profondément à l’étranger. Et que la fermeté dans la négociation doit se garder de passer pour du mépris. Leurs réflexions d’anciens négociateurs convergent invariablement en faveur de l’adhésion. Elles ne doivent plus rester confinées à de petits cercles.
Enfin, après le long travail de maturation des esprits, il faudra assumer le fait que le débat sur l’adhésion est avant tout de nature politique. La maison Europe est en construction, et quels que soient les succès de la voie bilatérale, les Suisses y sont des sous-locataires sans droit de vote. De quelle souveraineté, factice ou réelle, voulons-nous vraiment?
La puissance 27. Saura-t-on parler de l’UE banalement sans la démoniser ni l’idéaliser? Qu’est-ce que ce club de nations qui a déjà convaincu tout le continent de son utilité, pacificatrice et génératrice de prospérité, sinon une Suisse puissance 27? On y délègue du pouvoir de décision, on y harmonise les pratiques entre membres, on y fixe des objectifs communs, on y veille à ce que les conflits d’intérêts ne dégénèrent pas, comme les cantons le font entre eux. Qu’est-ce qui changerait si nous allions élaborer certaines lois à Strasbourg plutôt qu’à
Berne, ou faire du lobbyisme à Bruxelles plutôt qu’à Zurich, ou pire encore si nous devions subir la majorité des Européens plutôt que celle des Alémaniques (respectivement des Welsches ajoutés aux grandes villes)? Si peu de choses.
Il faut croire suffisamment dans le génie suisse pour savoir qu’il ne disparaîtra pas dans l’Europe, mais qu’il en sera un nouveau moteur bienvenu.
Finalement, quelques éclats de voix ne pourront être que salutaires.
Rédigé à 15:36 dans Histoire, Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Jean-François Bergier aura été un grand patriote. C’est-à-dire un Suisse qui aime suffisamment son pays pour supporter les remises en question, et qui a confiance dans la capacité de la nation à surmonter les critiques et les crises. Rarement, un historien aura servi autant son pays, au sens noble du terme.
En acceptant de diriger la Commission d’experts indépendants Suisse-Seconde Guerre mondiale (CIE), il a rempli la mission que le Conseil fédéral lui avait confiée, mission qu’il savait risquée, mais que sa loyauté de patriote lui interdisait de refuser. Lui, l’auteur d’une monumentale histoire de Guillaume Tell, n’a jamais craint d’affronter les mythes.
Ce sens du devoir ne fut guère reconnu. Bergier a été attaqué avec une virulence aigre par des cohortes de faux patriotes, par ceux qui momifient le passé plutôt que de l’interroger, par les pleutres confits d’autosatisfaction qui redoutent les vérités dérangeantes, par les sanctificateurs de mythes qui ne distinguent pas les croyances de l’écriture de l’Histoire.
S’il faut regretter une chose, c’est que le monumental travail fourni par la Commission Bergier (25 monographies, et un volume de conclusions) ait reçu le nom de «rapport». Un rapport suppose une synthèse, la prise en compte de tous les éléments et leur mise en contexte. Il passe, comme ceux que livrent la police ou l’armée, pour un procès-verbal irréfutable, ce que, à l’évidence, n’étaient pas les recherches publiées par la CIE. Celles-ci n’ont eu pour but que d’éclairer des réalités trop longtemps occultées, au mieux par absence d’accès aux archives, au pire par dogmatisme idéologique, confort politique ou paresse intellectuelle.
On aurait évité bien des malentendus et des anathèmes si l’on avait utilisé les termes, techniques, d’études ou de monographies. Mais au Rapport Eizenstat (du nom du sous-secrétaire d’Etat au Commerce américain), on trouva alors opportun de répondre par un autre «rapport».
Le courroux des faux patriotes, le cynisme des banques à l’origine de l’affaire des fonds en déshérence, l’absence de courage du Conseil fédéral, l’indifférence gênée de la classe politique ont empêché l’ample débat public qui aurait dû suivre le travail des historiens d’avoir lieu.
Une question demeure: si ce n’est pas la neutralité seule qui nous a sauvés de l’invasion nazie et du désastre de la Seconde Guerre mondiale, alors faut-il la conserver? La Suisse ne pourra plus longtemps encore s’épargner ce débat, même si la neutralité est compatible avec une adhésion à l’Union européenne. La non-belligérance n’est pas une fin en soi, mais un outil de la politique étrangère. La Suisse reconnaissante doit au professeur Bergier d’oser discuter enfin de ce tabou.
Rédigé à 06:03 dans Histoire, Politique, Suisse, Union européenne | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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