L’UDC vient d’ouvrir une nouvelle guerre de tranchées. Néfaste et odieuse. Comme d’habitude. Le parti a décidé de lancer une initiative pour les familles demandant des déductions fiscales «aussi pour les parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants». Quelle formulation pour la Constitution! Vous en connaissez beaucoup de parents qui ne gardent pas leurs enfants eux-mêmes!? Moi non.
En fait, l’UDC veut culpabiliser les mères qui travaillent.
Explication. Après des années de palabres interminables, le Parlement a décidé, en octobre, d’accorder aux parents qui travaillent des déductions pour frais de garde à hauteur maximale de 10 000 francs. Appréciable, mais pas cosmique non plus, quand on connaît le coût des crèches, mais passons.
Ce qui est exaspérant dans la proposition de l’UDC, et la manière dont en parlent ses élus, c’est cette façon insidieuse de sous-entendre que les parents qui bossent n’assument pas vraiment l’éducation de leur progéniture, délèguent cette responsabilité à d’autres, s’en fichent, préfèrent leur carrière… Et que ceux – surtout celles – qui restent à la maison sont de meilleurs parents.
J’aimerais dire à l’UDC que les mères qui ont une activité professionnelle assument aussi, 24 heures sur 24, la garde de leurs enfants. Le fait de les confier momentanément à un tiers n’y change rien. Il est insupportable et dangereux de prétendre que les mères qui utilisent les garderies seraient moins bonnes que les autres. L’inverse aussi, évidemment. L’amour maternel et les soins prodigués sont indépendants de l’emploi du temps. Il n’y a pas de mères parfaites, d’un côté, et des irresponsables, de l’autre. Il n’y a que des parents qui essaient de faire du mieux qu’ils peuvent.
Mais regardons plus attentivement encore la proposition de l’UDC. Le Parlement a voulu soulager les couples dont la facture d’impôts explose à cause du cumul des salaires, car le fisc ne tenait pas compte jusqu’ici des frais d’acquisition desdits revenus (à savoir les coûts de garde). Accorder des déductions aux familles qui n’ont pas de frais supplémentaires réels constituerait donc une injustice, car, lorsque deux parents ont une activité lucrative, ils s’acquittent également de beaucoup plus d’impôts que le foyer «tradition» mis en exergue par l’UDC.
L’application de la disposition prônée par l’UDC générerait une bureaucratie incroyable. Trois mères sur quatre travaillent à l’extérieur, souvent à temps partiel, avec des solutions de garde variées. Quel barème appliquer dans ces cas-là? Laisser son gosse à la voisine plutôt qu’à une éducatrice doit-il entrer dans le calcul? A partir de combien d’heures d’absence un parent sera-t-il réputé ne pas assumer pleinement la garde de ses enfants?
Il paraît que l’UDC veut limiter le recours à l’immigration. Les mères suissesses seront donc d’autant plus sollicitées par le marché du travail. L’UDC pourrait-elle faire preuve d’un minimum de cohérence ?

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