Habilement, les partisans de l’initiative antiminarets ont argumenté qu’il ne devrait pas y avoir de honte à voter oui. En effet. En démocratie, il n’y a pas de honte à exprimer son avis, quel qu’il soit. Mais il y a une responsabilité: à l’instant de glisser leur vote dans l’enveloppe, les citoyennes et les citoyens doivent se demander si leur choix permettra de répondre réellement au problème posé.
C’est le moment de rappeler que nous ne nous prononçons pas sur le port de la burqa, ni sur des mesures d’expulsion de terroristes islamistes, ni sur les dispenses de piscine, ni sur une ligne Maginot censée protéger la civilisation européenne d’un péril musulman. Nous votons sur un article constitutionnel stipulant l’interdiction de construire des minarets. Rien d’autre qu’une bête disposition de police des constructions. Notre loi fondamentale doit-elle se soucier de ce détail architectural et symbolique? A l’évidence, non. La disposition est aussi ridicule que de vouloir interdire les parkings publics sous prétexte que des gens s’y font parfois agresser. Au surplus, les dispositions cantonales ou communales du droit des constructions suffisent déjà largement à prohiber l’édification de minarets là où ils seraient jugés inopportuns.
Dans la campagne qui s’achève, de nombreux Suisses ont perdu de vue la question qui leur est soumise. Ce n’est plus un scrutin sur les minarets, c’est un vote sur le 11 Septembre, un référendum pour ou contre le choc des civilisations. Beaucoup ne raisonnent plus, mais laissent parler leurs tripes. Et, dans ce pays où les femmes votent depuis 1971 seulement, certaines féministes se fourvoient imaginant les acquis péniblement gagnés soudain menacés. Menacés par de fines tourelles s’élançant vers le ciel!
C’est l’honneur de la démocratie suisse, la grandeur des droits populaires, que d’oser poser toutes les questions. Mais notre démocratie doit son identité particulière au respect des minorités qu’elle a su ériger en principe fondamental. C’est faire injure à nos valeurs nationales que de croire qu’elles peuvent être remises en cause par quelques minarets supplémentaires ici ou là. De même, penser que des musulmans, s’ils en avaient le projet, pourraient ruiner notre Etat de droit signale un manque de confiance en nous inquiétant.
Il faut refuser l’initiative antiminarets. Au nom de la Suisse et de sa dignité. Depuis quarante ans, depuis les nauséabondes initiatives Schwarzenbach, notre pays s’est maintes fois demandé s’il voulait intégrer les étrangers. Autant de débats vifs et salutaires qui ont fait émerger une Suisse affirmant avec conviction son rejet de la xénophobie et des solutions simplistes.√

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