Au terme de la session, le Parti socialiste s’en est réjoui. La gauche minoritaire s’est découvert de nouveaux alliés pour faire passer ses propositions, telle la taxation des bonus de plus de trois millions de francs. Les roses et verts peuvent désormais non seulement compter sur un PDC moins à droite que dans la précédente législature, mais sur l’apport, à choix, des Vert’libéraux ou du Parti bourgeois-démocratique.
A Berne, comme dans les cantons, les Vert’libéraux affichent des raisonnements et des loyautés imprévisibles, échappant au clivage gauche-droite traditionnel. Dans les prochaines années, ils seront une sorte de pochette-surprise pour la politique suisse. L’attitude du PBD sera moins erratique: tant qu’Eveline Widmer-Schlumpf sera au Conseil fédéral, il se comportera en parti gouvernemental solide et fiable – ce qui lui permettra de marquer sa différence avec son frère ennemi d’origine, l’UDC.
Sous l’impulsion du PS se dessinent ainsi des coalitions à géométrie variable pour mettre en minorité le bloc constitué par l’UDC et les libéraux-radicaux. Dans cette configuration inédite, les radicaux latins, naguère courtisés en tant
qu’appoint réformiste, risquent de perdre en importance.
Le potentiel de ces nouveaux rapports de force augure a priori d’une législature plus riche que la précédente, en tout cas d’une souplesse bienvenue dans l’approche des problèmes. Car, dans le même temps, le contexte promet de se durcir.
En politique étrangère tout particulièrement, l’étau se resserre. Conséquence
des années Calmy-Rey, caractérisées par l’esquive et le non-dit, le Conseil fédéral se retrouve coincé entre l’intransigeance européenne et l’incompréhension interne des citoyens. A tort ou à raison, nos partenaires de l’Union européenne n’en peuvent plus de notre volonté de faire cavalier seul, de prétendre à d’autres solutions que celles qu’ils élaborent péniblement en commun. Ils le disent encore poliment, mais toujours plus fermement.
Non content de subir les aimables pressions de nos voisins, le gouvernement doit également s’employer – c’est la votation du 17 juin – à contrer l’initiative de l’ASIN voulant lui ôter toute latitude de négociation autonome et rapide. La paralysie guette des autorités qui ont trop donné le sentiment que
la politique étrangère n’est faite que de renoncements douloureux,
de devoirs dispendieux, et jamais d’opportunités de se montrer solidaires ou de partager un destin.
Paradoxe, ce sont les outrances procédurières de l’ASIN qui vont finalement obliger le Conseil fédéral à se montrer pédagogue et à expliquer à quoi sert vraiment une politique étrangère. Même Economiesuisse, qui redoute comme la peste tout activisme international ambitieux, va devoir s’y mettre.

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