C’est un épisode peu souligné de l’histoire nationale: longtemps la Suisse a vécu de capitulations. Non, elle ne rendait pas
les armes. Les cantons de l’ancienne Confédération mettaient
à disposition des royaumes européens, et particulièrement du roi de France, des mercenaires. Leurs droits et devoirs étaient consignés dans des conventions appelées capitulations. Du XVe au milieu du XIXe siècle où le service étranger fut interdit, on estime le nombre de Suisses devenus soldats pour d’autres drapeaux à 1 million.
Nos mercenaires furent souvent héroïques, mais le souvenir de la sujétion de notre pays aux puissances européennes passe mal. Nous n’étions certes pas des esclaves du roi de France, mais de la chair à canon à disposition de qui avait les moyens de se l’offrir. Humiliant destin pour une nation, qui en était d’ailleurs si peu une avant 1848. Voulons-nous retomber dans pareil avilissement? L’engouement de nos banquiers et d’une partie de la classe politique pour le système Rubik d’imposition à la source ou pour l’autodéclaration de probité fiscale le suggère.
Après avoir été receleur de fortunes parfois douteuses, voulons-nous devenir percepteurs d’impôts et contrôleurs fiscaux pour nos pays voisins? Est-ce vraiment une position acceptable pour un Etat souverain?
Eveline Widmer-Schlumpf, notre ministre des Finances, affiche une énergie troublante à vouloir verser aux fiscs européens l’argent qu’ils n’ont pas su percevoir auprès de leurs propres contribuables. Madame la présidente de la Confédération devrait envisager le rôle de la Suisse dans le concert des nations avec plus d’ambition: pouvons-nous aspirer à être autre chose que des auxiliaires empressés de l’impuissance fiscale de nos partenaires commerciaux?
Tant qu’à prendre de la hauteur, c’est toute la stratégie de négociation qui est à revoir. Les accords discutés de pays à pays dénotent notre inculture des nouvelles relations internationales, dominées par le multilatéralisme.
Le seul moyen pour la Suisse de faire cesser les pressions, c’est de négocier à l’échelle de l’OCDE (qui comprend l’Union européenne et les Etats-Unis) des standards de conformité fiscale qui s’appliquent partout, aussi bien à notre place financière qu’à ses concurrents.
Nous humilier dans un rôle subalterne, aligner les petites capitulations successives sur le périmètre réel du secret bancaire, ne constitue pas une solution viable à long terme. Le maintien de notre prospérité passe aussi par la sauvegarde d’une certaine dignité.

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