Près de la frontière, des conseillers fiscaux distribuent des dépliants publicitaires pour offrir aux fraudeurs du fisc italien en mal de repentance leurs services fiduciaires. Sur la place financière milanaise s’entrechoquent les rumeurs: l’amnistie aurait déjà rapporté 500 millions d’euros, la moitié de ce qu’espère rapatrier le ministre Tremonti; d’autres glissent que des banques suisses pourraient révéler les noms de leurs clients transalpins les plus prestigieux, afin de faire pression sur le gouvernement pour qu’il tempère son actuel zèle procédurier.
Ce climat où l’info le dispute à l’intox masque quelques menus problèmes. Primo: l’Italie est outrageusement endettée et le ministre du Trésor ne sait plus où prendre l’argent pour faire face aux engagements du gouvernement. Secondo: 15% du PIB échappe au fisc, parce qu’il émane de la mafia. Terzo: la moralité fiscale des Italiens est modeste. Tous les Italiens ne sont pas mafieux ou fraudeurs de haut vol, mais rares sont ceux qui ne s’entendent pas au noir pour facturer ou payer un service hors taxes. Petits arrangements entre amis, dissimulations d’honnêtes gens, qui mis tous ensemble «soulagent» les caisses publiques de milliards d’impôts par an. Le sentiment que «Rome est une voleuse» et gaspille l’argent reçu fait partie du programme de la
Lega Nord d’Umberto Bossi, l’allié de Silvio Berlusconi sans lequel il ne pourrait se maintenir au pouvoir.
Face à cette comédie grinçante, la Suisse joue les parangons de vertu. Hans-Rudolf Merz se rengorge en invoquant le fédéralisme et la démocratie directe, vecteurs de tempérance pour l’Etat percepteur.
Le Suisse a le double et important pouvoir de décider de ses impôts et d’en contrôler le bon usage. Nous aurions ainsi la concurrence fiscale «dans le sang».
Cette fierté nationale est menacée. Le contribuable n’aime pas se sentir tondu, mais le citoyen-client déteste ne pas jouir des mêmes prestations (aux mêmes coûts) que celui de la commune ou du canton voisin. Exemple: les rurbains qui ont quitté les villes pour de coquettes villas sises dans des havres aux taux d’imposition très bas. Ils réclament désormais des crèches pour leurs bambins et des transports publics pour se rendre à leur travail. Qui va payer? La concurrence fiscale devient une machine infernale, un ogre qui dévore ceux qu’elle prétendait épargner pour leur bien, lorsqu’elle prive les collectivités publiques de tout moyen pour agir.
La défense de l’attractivité de notre place financière convalescente ne devrait pas nous empêcher de toute réflexion sur la fiscalité dont la Suisse a besoin… pour elle-même.

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