Ambiance de crise ce matin à l’UDC. Le plus grand parti de Suisse, qui a recueilli 26,8% de suffrages aux dernières élections, a probablement perdu tout espoir de regagner son second siège au Conseil fédéral le 14 décembre prochain. Son candidat, le Zurichois Bruno Zuppiger, est impliqué dans une affaire de détournement de fonds révélée par la « Weltwoche », un journal que l’on sait très proche de l’UDC blochérienne. Dans un cas de succession dont son entreprise avait été chargée, il aurait facturé des honoraires de 150'000 francs et fait virer 100'000 francs sur son compte privé, avant de tout restituer sous la pression d’une plainte. L’affaire s’est réglée en 2010 entre les parties, qui se sont engagées à la tenir secrète.
Le 1er décembre, l’écrasante majorité du groupe UDC ne sait rien lorsqu’il intronise Bruno Zuppiger pour tenter de déboulonner la « traîtresse » Eveline Widmer-Schlumpf, que le parlement avait élu le 12 décembre 2007 à la place de son leader Christoph Blocher. Bruno Zuppiger, le poulain de l’entrepreneur Peter Spuhler, s’impose de peu (8 voix, semble-t-il) devant le conseiller d’Etat zougois Heinz Tännler, plus proche du camp Blocher.
Que s’est-il passé ensuite ? On en est réduit à des suppositions. Mais deux choses sont sûres. Alors que Peter Spuhler, ainsi qu’il l’a affirmé à L’Hebdo ce matin, ne sait rien des casseroles de Bruno Zuppiger, la direction de l’UDC est au courant. Le président Toni Brunner et le stratège en chef Christoph Blocher connaissent le cas. Mieux, ou plutôt pire : ils savent que la « Weltwoche » enquête sur cette affaire qui peut se transformer en bombe. C’est dire qu’ils laissent Bruno Zuppiger aller au casse-pipe !
Inutile de dire que politiquement, le candidat au Conseil fédéral Bruno Zuppiger est « mort ». « Son comportement est éthiquement indéfendable, même si tout s’est réglé à l’amiable », disent en chœur les UDC This Jenny et Alfred Heer. Plutôt amusé par cette affaire, le président du PS Christian Levrat ironise sur la singulière éthique de la direction de l’UDC, « qui a laissé décoller son candidat, avant de le faire exploser en plein vol ».
Que Bruno Zuppiger retire ou non sa candidature, il n’a désormais plus la moindre chance d’être élu, alors que de nombreux observateurs le voyaient inquiéter sérieusement le PLR Johann Schneider-Ammann après un premier échec face à Eveline Widmer-Schlumpf.
Au sein de l’UDC, c’est désormais la guerre des clans entre les proches de Peter Spuhler et ceux de Christoph Blocher, qui s’accroche à son pouvoir. Certains soupçonnent le leader, gourou et financier de vouloir entrer dans l’opposition après l’échec programmé du 14 décembre. Mais une majorité de son groupe rechigne à franchir ce pas, dont notamment le Fribourgeois Jean-François Rime. Mais la crise du parti est peut-être encore plus profonde, avec probablement de premières tensions au sein même de la direction, où Christoph Blocher est dorénavant contesté. MG

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