Pierre-Yves Maillard allait-il réussir son baptême du feu à l’émission politique phare de la TV alémanique « Arena » ? C’était la grande question que l’on se posait en ce vendredi 2 décembre, soit moins de deux semaines avant l’échéance du 14 décembre. Deux minutes avant le générique, le conseiller d’Etat vaudois laissait transparaître une nervosité extrême. Mais finalement, de l’avis de l’animateur Urs Widmer, il s’en est bien tiré, parvenant à exprimer sa pensée dans un allemand hésitant mais correct, si l’on excepte une ou deux phrases qu’il a eu de la peine à terminer. Il y a fort à parier que l’UDC Bruno Zuppiger n’aurait pas accepté un tel débat à la TV romande.
« Arena » avait invité les quatre candidats au Conseil fédéral que sont les deux socialistes Pierre-Yves Maillard et Alain Berset d’une part, et les deux UDC Bruno Zuppiger et Jean-François Rime d’autre part. Sur les deux socialistes, rien de neuf à signaler. Sur le plan du contenu, peu de choses les séparent, ainsi que leur profil « Smartvote » l’a montré, sauf la question de l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Ce sont leurs parcours qui les distinguent. Maillard a souligné son expérience de l’exécutif, Berset sa plus grande expérience internationale gagnée au cours de son année de présidence du Conseil des Etats.
Et les deux candidats UDC ? Ce sont deux candidats capables de compromis, qui ont tous deux soutenu jadis l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE, donc capables de dévier de la ligne dure de l’UDC. Mais si Jean-François Rime n’a presque aucune chance d’être élu, Bruno Zuppiger sent quant à lui qu’il n’a jamais été aussi près de réaliser son rêve d’accéder au Conseil fédéral. Après avoir été renié par la direction du parti en 2008, le voici appelé par Christoph Blocher en personne. Il s’est donc montré fort conciliant, pour ne pas dire virevoltant. Lorsqu’on lui a demandé s’il était pour la sortie du nucléaire, il a répondu « ni oui ni non ».
Autre question qu’il a laissée sans réponse, celle d’une éventuelle candidature contre le PLR s’il devait échouer face à Eveline Widmer-Schlumpf (PBD). « Tout est ouvert si l’assemblée fédérale brise la concordance lors de la réélection de la Grisonne », a-t-il souligné. Est-ce à dire que l’UDC partirait dans l’opposition ? Alors que Zuppiger laissait planer le suspense, Rime s’est montré beaucoup plus franc. « A titre personnel, je ne pense pas que l’UDC doive quitter le gouvernement. Nous devrons simplement utiliser davantage les instruments de la démocratie directe », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter pour L’Hebdo : « Vous pouvez écrire que si j’étais élu contre Johann Schneider-Ammann, je refuserais mon élection ».
Aussi bien Zuppiger que Rime ont « promis, juré » que le groupe UDC n’avait pas encore discuté du scénario de l’opposition. On les croit, dans la mesure où seule une personne tranchera en définitive : Christoph Blocher. (Michel Guillaume, 3 décembre 2011)

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