Gros malaise à Genève. Le vote MCG (Mouvement citoyen genevois) est non seulement spectaculaire, 14,7% des suffrages, un bond de 8 sièges supplémentaires, il est aussi le plus compact. Lorsqu’il s’agit des autres partis, les électeurs panachent volontiers leur liste de noms repérés ailleurs, l’électeur MCG ne s’encombre pas d’état d’âme, n’est pas intéressé par ce que les autres candidats proposent, il dit son raz-le-bol en un bloc.
Curieux tout de même pour le reste de la Suisse que ce vote populiste anti-frontaliers. A l’Est de la Versoix, la dimension internationale, ouverte, tolérante de Genève est une sorte d’évidence, un des clichés les plus ressassés du théâtre fédéral. Depuis dimanche, la belle vitrine internationale est fracassée.
Comment expliquer pareille mauvaise humeur dans un des cantons les plus riches du pays et les mieux dotés en politiques sociales? C’est que, peut-être, la Genève qui vote, n’est qu’une toute petite parcelle de celle que nous connaissons. Démonstration.
Genève compte 455 527 habitants. Mais presque la moitié moins de citoyens: 235 331 électeurs inscrits pour le scrutin de dimanche dernier. Genève n’est plus du tout cosmopolite quand elle vote: les étrangers n’y ont le droit de vote que sur le plan communal (à condition d’y résider depuis 8 ans au moins). Ainsi, seuls 93 324 authentiques Genevois ont choisi leurs députés au Grand Conseil, soit une toute petite moitié (40%) de ceux qui auraient pu s’exprimer. Et parmi eux, 20 157 ont donné leurs voix au MCG et à l’UDC, assurant au populisme une percée éclatante.
Il serait vain de vouloir obliger les citoyens de voter. Mais la Constituante devra intensivement réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour mieux intégrer tous les Genevois à la vie démocratique.
Restera encore à comprendre pourquoi les frontaliers suscitent un tel rejet à Genève. Bâle, où ils sont presque aussi nombreux à franchir la douane tous les matins, n’enregistre pas les mêmes poussées d’urticaire. Le Tessin, en revanche, subit la Lega, durablement enracinée. Mais à Lausanne, où les Français pendulaires arrivent par bateau, aucun murmure. Encore un défi pour la Constituante: penser une organisation efficiente de la région genevoise par-dessus les frontières érigées en d’autres siècles.

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