Tout ça pour ça. Le premier favori nommé pour la succession de Pascal Couchepin, Didier Burkhalter a été élu. Mais ces trois derniers mois de campagne incertaine laisseront des traces.
La durée inhabituelle de cette course sonne comme un exercice de simulation de ce que pourrait être une élection par le peuple. Les candidats à la candidature, puis les prétendants officiels ont mené campagne comme jamais devant l’opinion publique; leur légitimité, leurs personnalités ont été scannées avec une rare âpreté. Dans la dernière ligne droite, les étatsmajors de partis ont certes repris les commandes de la manoeuvre. En naîtra-t-il une frustration propice au lancement de l’initiative de l’UDC en faveur de l’élection du
Conseil fédéral par le peuple? Le parti discutera, au début d’octobre, de la teneur exacte de son texte.
La concordance est sauve. Mais elle ressemble de plus en plus à une concordance de chiffonniers, s’arrachant des lambeaux de concessions. Les visions communes, rassembleuses, dynamiques, porteuses de renouveau sur les questions clés comme l’avenir économique et écologique de la Suisse, ou encore sa position sur la scène internationale, font toujours cruellement défaut.
Le débat sur la place à donner aux Tessinois au gouvernement, tout comme celui sur la «romandicité» d’Urs Schwaller, ont fait des dégâts collatéraux dans toutes les formations.
La légèreté avec laquelle le PDC a rallumé la question linguistique devra être soigneusement débriefée à l’interne. Chez les socialistes et les Verts, aussi: la plupart des Romands de ces deux groupes ont voté Schwaller, au nom d’une concordance programmatique, créant un sentiment de malaise et de culpabilité chez leurs pairs alémaniques.
Ceux-ci ont dû se demander quand, à la faveur de quelle succession, ils pourraient rétablir l’équilibre. Et ont constaté que cette exigence anéantirait trop d’ambitions personnelles parmi eux.
Le PLR, malgré sa victoire, devra gérer les tensions nées des hésitations de Fulvio Pelli sur ses véritables intentions. Le siège romand est sauf, mais il faudra bientôt défendre celui de Hans-Rudolf Merz. Avec l’austère Didier Burkhalter, le PLR n’a toujours pas trouvé la figure de renouveau lui permettant de gagner les élections fédérales de 2011.
L’UDC s’est essayée à un exercice inédit: la loyauté indéfectible à son allié libéral-radical. Retour à la normale ou armistice temporaire? On pourra mieux en juger lors du départ de Hans-Rudolf
Merz. Cherchera-t-elle alors à reconquérir le deuxième siège auquel elle prétend?
Enfin, il apparaît que les vainqueurs du 12 décembre 2007 n’ont rien fait de leur victoire. Faute de hauteur de vue, faute de personnalités d’envergure. Au point de faire croire qu’ils n’ont alors agi que par intérêt personnel ou partisan. Ils ont déboulonné l’idole sans parvenir à construire un contremodèle à la Suisse de Christoph Blocher. Une sorte de choix par défaut qui n’a pas fini de peser sur la politique suisse.

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