Dimanche, le taux de participation aux élections européennes s’annonce calamiteux. Plus proche des 30% que des 63% d’intérêt qu’avait recueilli en 1979 le premier Parlement européen.
Vu de Suisse, où la construction européenne suscite autant de répulsion que de passion, mais où l’on est habitué à considérer au moins trois strates de pouvoir, il est fascinant de constater à quel point les citoyens de l’Union sont devenus indifférents à cet enjeu supranational. Un peu comme s’ils ne voulaient pas saisir qu’ils sont plus gouvernés par Bruxelles et Strasbourg que par Paris, Berlin ou Londres. A vrai dire, il faudrait surtout énumérer les capitales de l’Est européen, récemment rallié à l’UE: Bratislava, Ljubljana, Varsovie, Tallinn, Prague. En 2004, ce sont en effet les Slovaques, les Slovènes, les Estoniens et les Tchèques qui ont coulé le taux de participation aux européennes (inférieur à 30%).
L’Eurobaromètre s’est penché sur les raisons de ce désamour: 60 % des sondés estiment que leur vote ne changera rien. Les euro-experts en sont marris et soulignent le paradoxe: plus l’aire géographique de l’UE s’agrandit, plus les prérogatives du Parlement s’étendent, moins les citoyens se sentent concernés. L’UE reste un «machin», incompris des peuples, parce que servant trop souvent de bouc émissaire aux dirigeants nationaux. Il manque à la plus ambitieuse institution du Vieux Continent quelque chose comme un souffle épique, une épopée, une geste (comme on disait au Moyen Age).
En Suisse, on entend déjà les thuriféraires de la démocratie directe ricaner. Il se trouve cependant que notre pays, bien que détenteur du record mondial des consultations populaires, est mal placé pour faire la leçon, car il ne connaît pas des taux de participation beaucoup plus enthousiasmants. En 2007, lors des élections fédérales, plus d’un citoyen sur deux n’a pas éprouvé le besoin de choisir des parlementaires. Lors des votations, l’intérêt est encore moindre, même si l’introduction du vote par correspondance a un peu amélioré les choses. Dans ce dédain pour la chose publique, rythmé par la complainte «de toute façon, ils font ce qu’ils veulent», les Suisses sont hautement eurocompatibles.

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