Pascal Couchepin partira-t-il? Ou pas? L’hystérie est à son comble. Cette focalisation sur la démission du Valaisan est suspecte. Pourquoi ne parle-t-on pas de Moritz Leuenberger, qui va fêter ses quatorze ans de Conseil fédéral? Son bilan – puisqu’on soupèse tant celui du Romand – n’est pas outrageusement meilleur. Pourquoi un tel silence sur la désastreuse prestation de Hans-Rudolf Merz, trop éprouvé dans sa santé pour être à la hauteur du défi – exceptionnel il est vrai – de son année présidentielle?
Pascal Couchepin assume son impopularité avec une insolence qui irrite une classe politique, plus soucieuse de plaire que de débattre courageusement des défis qu’affronte le pays.
L’énergie à plaider son départ est ainsi inversement proportionnelle à la capacité du microcosme politico-médiatique à penser sérieusement une nécessaire réforme du gouvernement.
A quoi assiste-t-on depuis plus de vingt ans? Chaque départ de ministre fait l’objet de spéculations grossières. La démission formelle lance une chasse à l’homme ou à la femme idéal(e), où les critères de fond sont noyés dans une kyrielle de détails: sexe, parti, région linguistique… La vision politique des postulants, leur vision du monde et de la place de la Suisse dans ce monde sont réduites au rang d’accessoires en option.
Le messie est prié d’avoir le bon profil, mais pas de programme politique trop ostentatoire (car broyeur de voix capitales au moment du décompte).
Le jour J, l’Assemblée fédérale se donne une peine folle pour ménager le suspense. Elle a même inventé récemment les candidats à l’insu de leur plein gré, dont on se demande s’ils vont, oui ou non, accepter le grand honneur.
L’élu jouit ensuite d’un état de grâce. On lui laisse faire son apprentissage. Au bout d’un certain temps, on s’aperçoit que le messie, ou la madone, ne se révèle pas aussi providentiel et brillant qu’attendu. Ce temps du désamour a sonné pour Doris Leuthard, il commence pour Eveline Widmer-Schlumpf.
Plutôt que de se pencher sur les tares du système, on instruit un procès personnel. C’est plus simple, mais cela ne résout rien.
Il n’en ira pas autrement avec le successeur de Pascal Couchepin.
Quelle que soit la date de son intronisation.

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