Quel cauchemar! Le Conseil fédéral envisage* de réintroduire des contingents pour limiter la main-d’œuvre étrangère. Il a fallu des décennies à la Suisse pour s’extraire de cette pénible bureaucratie obligeant les entreprises à planifier leurs besoins, tels des conglomérats soviétiques, et à quémander des autorisations. Grâce à l’introduction de la libre circulation des personnes en 2002, la Suisse s’est convertie au système de l’offre et de la demande. Une place à repourvoir, un engagement de la personne la plus qualifiée. Pas de travail, pas de permis. Nous sommes alors enfin sortis d’un système barbare qui n’est jamais parvenu à enrayer l’afflux de main-d’œuvre, qui a compliqué la vie des entreprises, qui a humilié tant de travailleurs, et qui ne nous a en rien préservés du chômage quand la conjoncture s’est déprimée.
La crise a bon dos. L’augmentation du chômage est certes préoccupante. Mais la paperasserie des contingents n’évitera pas, demain comme hier, les licenciements et elle n’encouragera pas les entreprises à privilégier les sans-emploi autochtones. Elle ne poussera pas non plus les patrons ayant abandonné toute responsabilité sociale à redevenir vertueux ou solidaires. L’économie ne veut pas des contingents, les syndicats non plus.
On voit mieux le profit politique que la cheffe du Département fédéral de justice et police pourrait chercher à tirer sur le plan intérieur d’une activation de la clause de sauvegarde, prévue par les accords bilatéraux. Eveline Widmer-Schlumpf offrirait aux nationalistes de son ancien parti un gage de bonne orthodoxie. La Grisonne a de bien meilleures manières que Christoph Blocher, mais son fonds de commerce idéologique n’est pas très différent: conservateur et protectionniste quand cela flatte l’insécurité supposée de la population.
La volonté de contingenter la main-d’œuvre en provenance de l’Union européenne signale d’autres mauvaises intentions. Affirmer la capacité de nuisance des Confédérés à l’égard des Européens, des Allemands en particulier, qui se sont montrés si durs dans les affaires fiscales. Sur le mode: vous nous persécutez avec le secret bancaire, on ne va plus offrir de travail à vos chômeurs. Mesquin et pathétique.
* Cette chronique a été rédigée avant la séance de mercredi du Conseil fédéral
qui pourrait statuer sur la réintroduction des contingents.

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