La Suisse romande existe-t-elle? Une approbation trop enthousiaste est souvent ressentie comme un crime de lèsemajesté confédérale, une manoeuvre de bulldozers dans le röstigraben. En s’affirmant Romand, on est suspecté d’être antialémanique, donc mauvais Suisse.
Le mépris avec lequel est accueillie cette interrogation, récurrente dans l’Histoire, confine au déni de réalité. L’identité se constitue par la prise de conscience des différences. Elle tient du millefeuille. Chaque individu en tire une recette propre, qui peut varier au cours de son existence.
Dans ce patchwork de références, l’identification à la région romande vient après l’attachement à la Suisse et à son canton. Faut-il en conclure que le lien romand n’est pas pertinent? Cette déduction est trop arrogante pour ne pas receler d’inavouables arrière-pensées. Dépasser les catégories cantonales heurte l’esprit gestionnaire ou conservateur d’un certain establishment. Car qui veut sérieusement croire que la vigueur de l’identité cantonale est fonction du nombre de fonctionnaires regroupés sous son drapeau? L’Histoire, oui, les liens sociaux, bien sûr, mais pas la taille ou les compétences virtuelles d’une administration!
L’échelle de résolution des problèmes actuels (formation, transports, santé) et leur besoin de financement sont devenus supracantonaux. Nier cette évidence, rester claquemurés dans les schémas de jadis, c’est faire le lit de la centralisation au niveau fédéral. Est-ce vraiment le but de ceux qui rejettent tout débat sur l’identité romande?
Encore un point essentiel, mis en lumière par l’enquête Sophia, publiée à l’occasion du Forum des 100. Le sondage effectué auprès de la population indique que 50% des Romands vivent dans leur canton de naissance. Un autre quart est né à l’étranger, le dernier quart regroupe ceux qui sont partis étudier ailleurs et ne sont pas revenus dans leur canton d’origine*.
Autant dire que, tel le nombre de binationaux qui ne cesse de croître, celui des habitants bi- ou même pluricantonaux n’est pas négligeable. Les Valaisans de Genève, plus émus par leurs Alpes natives que par le Salève, ne sont pas un phénomène isolé. La discussion sur une gouvernance romande permettrait de réconcilier des loyautés toujours plus écartelées. Les mêmes mouvements migratoires entre cantons s’observant en Suisse alémanique et au Tessin dans des proportions similaires, ce débat ne serait pas antisuisse, mais salutaire pour l’ensemble du pays.
* Voir pour le détail la conclusion de l’enquête Sophia sur www.forumdes100.com

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