Où va la Suisse ? Les métaphores s’imposent.
Géologique : les plaques tectoniques sont en mouvement, la terre tremble, mais quelle sera l’ampleur du séisme ? Quand sera-t-on assuré que le pire est derrière ? Quand retrouvera-t-on le calme ?
Psychologique : comme tout bouleversement des repères familiers, la fin du secret bancaire entraîne le retour du refoulé.
On pourrait encore évoquer la fonte des glaces, qui fait apparaître quelques cadavres oubliés. Ou le glacis qui ne tient plus rendant visibles les failles de la forteresse.
C’est dans ce climat d’incertitude qu’il faut noter une curieuse conséquence de l’agonie du secret bancaire: la majorité de droite qui gouverne ce pays depuis toujours va avoir des problèmes de trésorerie. Les difficultés d’UBS vont mettre à mal les finances des partis bourgeois. Il ne s’agit pas d’un petit dégât co-latéral, quelques milliers de francs en moins, mais de millions qui ne seront plus versés.
Les liens entre pouvoirs politique et économique ont suscité moult enquêtes, des torrents d’encre, l’opacité du système favorisant toutes les extrapolations. L’histoire retiendra que les difficultés d’UBS aux Etats-Unis ont ruiné les partis au pouvoir en Suisse. Un effet de battement d’aile de papillon bien ironique.
Tombe ainsi un peu plus la fiction du parlement de milice, le mythe de braves élus fabriquant des lois en toute indépendance.
Otto Ineichen, entrepreneur et conseiller national radical, n’a pas attendu que se confirme l’ampleur des pertes pour suggérer que l’on discute sérieusement d’un financement public des partis. Encore un de ces sujets dont l’évocation suscitait jusqu’ici l’agacement contrit, car briseur de Sonderfall.
Malgré les éminents services que rendent les partis à la démocratie suisse, en animant au moins quatre campagnes de votation par an, malgré la distorsion de concurrence opérée par les millions blochériens ces dernières années, il a toujours paru incongru de pratiquer comme dans la plupart des pays voisins : rémunérer correctement les politiciens pour qu’ils fassent leur job. Il sera salutaire de discuter des modalités d’un financement public des partis. La transparence y gagnera.
La crise déstabilise la Suisse. Mais elle permet de ré-ouvrir des débats essentiels trop longtemps escamotés.

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