Il y a des télescopages dans l’actualité qui font sourire. Au moment où Ueli Maurer étale son vague à l’âme de ministre qui s’ennuie, l’UDC lance sa proposition d’élection du Conseil fédéral par le peuple. Dans l’argumentaire de cette vieille «bringue» de la politique suisse, pas trace pourtant que l’onction populaire serait un remède contre la neurasthénie.
D’ailleurs, l’analyse qui justifierait ce changement de système reste sommaire. Certes, la récente succession de Pascal Couchepin nous a valu une campagne d’intrigues, une focalisation sur les détails plutôt que sur l’essentiel, qui appellent une réforme de la gouvernance. Mais en quoi l’élection du Conseil fédéral par les Suisses eux-mêmes résoudrait-elle les problèmes constatés ces derniers mois ou années? En quoi ce mode d’élection serait-il supérieur à l’actuel? On ne sait pas, mais cela fait toujours chic de prétendre que le peuple devrait s’en mêler.
L’UDC s’est essayée samedi dernier à Genève à régler la manière: à la majoritaire avec garantie pour les minorités romandes et italophones de disposer d’au moins deux élus. Oh! le beau leurre! La possibilité que les minorités latines obtiennent plus de deux sièges (ce qui a été maintes fois le cas dans l’Histoire) sera définitivement anéantie. L’assurance de voir les ministres romands et tessinois moins légitimes (parce que élus avec moins de voix) sera non moins totale. On aura donc des ministres alémaniques de ligue A et deux ministres latins de ligue B. On aura sept ministres obsédés par leur réélection et poussés à jouer en solo plutôt que collégiaux et courageux. On n’aura donc rien résolu des maux actuels.
Le sort de cette initiative populaire est scellé d’avance. Comme l’UDC est un parti bien organisé et généreusement doté par de zélés donateurs, les 100 000 signatures valables seront récoltées sans peine. Mais dans les urnes, le flop sera monumental. Comme ce fut le cas en 1942 d’un texte qui avait obtenu 158 000 paraphes, un exploit pour l’époque.
Tous les cantons le refusèrent, le rejet étant proportionnel au sentiment de minoritaires (qui n’auraient plus jamais leur chance de se voir représentés au plus haut niveau) des petits cantons, des Romands et des Tessinois.
Cette initiative est donc une vaine agitation populiste de plus. Dommage que le conseiller d’Etat socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard se sente encore obligé d’y apporter sa caution et n’ait toujours pas compris qu’il est périlleux de vouloir gouverner la Suisse si subtile comme un gros canton.

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