Avant tout choix, il faut anticiper les conséquences. Si Urs Schwaller l’Alémanique est élu sur le quota latin, la droite romande n’aura plus de représentant au gouvernement. Un cadeau pour les socialistes et Les Verts en vue des élections fédérales de 2011. La perspective peut réjouir la gauche de ce côté-ci de la Sarine. Mais c’est un leurre. Si Schwaller l’emporte, il faut se demander quand la Suisse romande retrouvera un deuxième représentant au Conseil fédéral. La réponse est sèche: pas avant de longues années. Et l’élu risque bien alors d’être UDC.
Démonstration. Si Schwaller est élu, le PDC est nanti pour longtemps.
Lors du retrait de Hans-Rudolf Merz, la droite alémanique ne se dessaisira pas de son dernier siège au profit des libérauxradicaux romands. Lors des départs de Moritz Leuenberger puis de Micheline Calmy-Rey, le PS apparaîtra comme le seul grand parti qui peut afficher des candidats légitimes dans toutes les régions du pays. Mais on en sera toujours à 6/1.
Sauf si elle s’écroule de moitié dans les urnes, l’UDC voudra retrouver en 2011 son deuxième siège. Cette revendication promet d’agiter le microcosme parlementaire beaucoup plus que l’absence d’un second Romand. Si Eveline Widmer-Schlumpf en fait les frais et que l’UDC consent une fleur à ses Welsches (ce qui n’est pas sûr et pourrait être encore différé), la Suisse romande se retrouverait à terme «représentée» au Conseil fédéral par Yves Nidegger, alors que son parti ne dispose que d’un seul ministre dans les exécutifs cantonaux romands. Absurde. Illogique.
Un conseiller fédéral n’est pas l’élu d’une région, mais de toute la Suisse. Il se doit en revanche d’être porteur d’une manière de voir et de penser le monde, propre à sa culture d’origine. C’est une nécessité qui surpasse le bilinguisme, si précieux soit-il. Le multiculturalisme est un choix de société, un aboutissement.
Il ne faut pas le confondre avec l’esprit des institutions qui requiert le respect des équilibres.
C’est pourquoi le Conseil fédéral doit compter au moins deux Latins. Après les récentes crises et remises en question, la formule idéale, qui permettrait de ressouder le contrat confédéral, consisterait même à disposer d’un Tessinois, de deux Romands et de quatre Alémaniques.
Et que, à terme, ils s’efforcent tous de devenir trilingues pour être compris par l’ensemble de leurs administrés.
Tout le reste n’est que poison et calculs personnels, profondément nuisibles à la cohésion et à l’avenir de la Suisse.

Commentaires