Le bal des prétendants à la succession Couchepin ensorcelle. A la fin, toutefois, les spectateurs risquent de se sentir brutalement dégrisés. Ils n’auront aucune prise sur le dénouement: c’est l’Assemblée fédérale, et elle seule, qui choisira l’élu(e).
L’UDC voudrait ouvrir le jeu à des candidats hors du sérail. Une bonne idée, trop peu pratiquée en Suisse, où l’on se prive de puiser dans le vivier des hauts fonctionnaires, des personnalités académiques, des purs entrepreneurs… L’Italie a souvent eu recours à des cabinets d’experts, en période de crise notamment: il y perdure aujourd’hui encore l’usage de nommer des ministres au parcours plus technique que politique.
En matière de choix des candidats, l’Assemblée fédérale fait preuve d’un protectionnisme effrayant. Hors du sérail, point de salut. Comme si l’excellence nationale se concentrait exclusivement dans les 246 membres du Parlement.
Les exceptions au recrutement hors les murs sont connues. Pour trouver la juste candidate au moment opportun, il a fallu s’intéresser à des femmes qui ne siégeaient pas à Berne. Sur les six conseillères fédérales élues depuis 1984, quatre n’étaient pas parlementaires. Dans le même laps de temps, aucun des douze hommes placés au gouvernement n’a été choisi en dehors de l’Assemblée fédérale. De cette constante, certains veulent tirer une loi fatale qui anéantirait toute capacité du conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis à convaincre une majorité du parlement de voter pour lui. On verra. Peut-être. Mais la loi d’airain n’existe pas. Par le passé, certains ministres cantonaux ont été propulsés au Conseil fédéral sans avoir été membre d’une des deux Chambres. L’interdiction du double mandat, édictée par nombre de cantons, de villes ou de partis, va d’ailleurs tendre à généraliser l’exception.
La nécessité pour l’Assemblée fédérale de regarder au-delà de son nombril s’impose pour une autre raison. Cantons et Confédération vivent de plus en plus souvent déconnectés, comme si deux strates de pouvoir se superposaient sans se rencontrer vraiment. Berne décide sans se soucier des conséquences concrètes ou même de l’avis des cantons. La Conférence des directeurs cantonaux des finances vient encore de signifier son désaccord «pratique, juridique, institutionnel et financier» sur la manière dont le Parlement entend réformer la fiscalité des familles (et la compensation de la progression à froid). Elle menace de lancer un référendum, comme elle l’avait fait avec succès en 2004.
Dans ce contexte, l’élection d’un conseiller fédéral non issu du bocal fédéral serait plus que judicieuse.

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