On voudrait embrouiller les citoyens que l’on ne s’y prendrait pas autrement. A quoi ressemble la succession de Pascal Couchepin? Non pas à une course démocratique vers le summum du pouvoir politique suisse, mais à un jeu de dupes.
Pour mesurer le chaos dans lequel s’enfonce notre pays à force de ne pas avoir le courage de se réformer, il faut comparer. Dans n’importe quelle autre démocratie, la période qui précède la désignation d’un ministre permet d’étudier son profil, son programme, ses choix de vie, en toute transparence. Il n’y a que les dictatures pour installer aux commandes des gens dont on n’a pas pu discuter les mérites. Voyez, ces dernières semaines, l’opacité qui entoure la succession de Kim Jong-il en Corée du Nord.
C’est pourquoi il est troublant de s’entendre ressasser en boucle depuis deux semaines que celui qui veut remporter le siège du radical valaisan démissionnaire a intérêt à avancer masqué, à ne pas se déclarer trop tôt. La Suisse a besoin de gouvernants courageux, pas de poltrons machiavéliques redoutant les projecteurs de l’opinion publique. La campagne sera longue? Piètre excuse. Si un prétendant n’est pas capable d’encaisser trois mois d’exposition au grand public, pensez-vous vraiment qu’il ou elle aura les nerfs de diriger la Suisse en période de crise, de résister aux pressions, de manifester une salutaire indépendance d’esprit?
Cette sale idée qui veut que les prétendants à l’exécutif se comportent comme des pleutres qui auraient quelque chose à cacher, à commencer par l’envie d’en être, est un héritage du blochérisme. Christoph Blocher a réussi à faire croire pendant des années qu’il n’avait pas envie d’aller au Conseil fédéral, qu’il n’y consentirait que par devoir. On a vu ensuite à quel point il supportait mal d’en avoir été exclu. Ueli Maurer a repris la posture jusqu’à son élection.
Où est passé le légendaire sens de la dignité de l’Etat des radicaux? Sont-ils tombés si bas qu’ils adoptent les singeries tactiques des fossoyeurs du système?

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