Pascal Couchepin sera-t-il le dernier? Le dernier d’une longue lignée de radicaux romands quasi ininterrompue depuis 1848? Devant l’Histoire avec un grand H, ce ne serait pas la moindre des ironies. L’avènement de Pascal Couchepin en 1998 marque dans la saga du parti fondateur de la Suisse moderne un tournant: la fin de la lignée, elle aussi quasi continue, des radicaux vaudois au Conseil fédéral. Le Valaisan a longtemps attendu pour succéder à Jean-Pascal Delamuraz. De cette impatience passée a subsisté l’image de deux hommes ne s’appréciant guère.
Pourtant, au seuil des livres d’histoire, leurs points communs sont plus apparents que leurs divergences.
Au Conseil fédéral, Delamuraz, bien que ministre de l’Economie, énerva superbement les milieux d’affaires zurichois. En authentique radical, il ne voulait pas relayer leurs revendications en oubliant toute responsabilité sociale. Après le non à l’Espace économique européen, il ne cacha pas non plus son envie de voir la Suisse adhérer à l’Union européenne. Deux prétentions rédhibitoires pour la Bahnhofstrasse.
Lui succédant, le Valaisan se montra d’abord plus aimable et ouvert aux demandes de l’économie. En vain. Il part de Berne excédé par l’arrogance et la cupidité de certains banquiers et le manque de soutien du patronat à la pérennité des assurances sociales.
Delamuraz et Couchepin, deux politiciens ambitieux, aimant le pouvoir, ne se sont jamais vus en vassaux des seuls intérêts économiques. Radicaux, ils n’ont jamais pu imaginer que le libéralisme ne fonctionne qu’à l’avantage de quelques-uns, sans se soucier de la prospérité du plus grand nombre.
Enfin, c’est aussi dans les hommages rendus que les figures de Delamuraz et de Couchepin se rejoignent: tous deux ont été salués pour leur qualité «d’homme d’Etat». Tous les conseillers fédéraux ne bénéficient pas de cette estime. Delamuraz l’a gagnée pour sa vision courageuse de l’avenir de la Suisse en Europe.
Couchepin l’a acquise en se posant en rempart des institutions face au mépris blochérien.
Leur héritier sera-t-il à la hauteur?

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