La planète agonise, il faut être fou pour ne pas voter écologiste. Le vote Vert par réflexe de survie s’est encore confirmé lors
des élections neuchâteloises. Le canton reste ancré à gauche (celle-ci accroît encore sa majorité au Grand Conseil). Mais le parti socialiste perd des plumes, tendance déjà vue en Suisse alémanique.
Pour le Conseil d’Etat c’est une autre affaire, qui se réglera le 26 avril. La couleur partisane y importe moins que la stature des candidats. Un soupçon d’incohérence que les états-majors de parti ont de la peine à comprendre, mais c’est ainsi: les électeurs choisissent les plus convaincants, pas les plus représentatifs. Ils sont sans pitié avec ceux qui ont déçu.
La contre-performance de l’écologiste Fernand Cuche illustre une autre constante: un charismatique conseiller national, chouchou des médias, ne se glisse pas automatiquement, naturellement, et sans fracas, dans les habits d’un conseiller d’Etat. L’exemple de Jean Studer démontre qu’un bon parlementaire n’est pas condamné à décevoir lorsqu’il retourne sur ses terres. Mais le citoyen veut sentir qu’il gouverne. A Berne, on a le droit de causer, on peut faire de la figuration intelligente. A la tête d’un canton, cela ne suffit plus, il faut agir et le faire savoir.
La mésaventure de Fernand Cuche illustre aussi la difficulté pour les petits partis qui ont le vent en poupe d’assumer leurs responsabilités gouvernementales. Problème déjà constaté lors du formidable essor électoral de l’UDC. Les partis aux succès faciles peinent à trouver des figures d’envergure gouvernementale convaincantes.
Le problème est en voie de se résorber dans le canton de Vaud; longtemps on n’y a distingué que Philippe Biéler et Daniel Brélaz, avant de découvrir un Luc Recordon. Il n’est pas facile de faire émerger de nouvelles figures quand les leaders historiques captent toute l’attention.
Les Verts ont du succès, mais ils piquent les sièges de leurs alliés historiques, les socialistes. Ce jeu de vases communicants fonctionne aussi avec l’extrême gauche (POP). Les socialistes ont jusqu’ici privilégié l’alliance avec les Verts, mais la concurrence devenant plus féroce, le marchandage des postes va aller s’intensifiant. Au risque de bénéficier à la droite, en convalescence prometteuse.
A ce jeu-là, dans les cantons romands, les socialistes gardent l’avantage: ce parti de pragmatiques ne manque pas de relève prête à l’emploi. Les Verts, à l’image de Fernand Cuche, restent encore trop prisonniers de leur vision idéaliste.

Fernand Cuche était médiatique, mais déjà pas un bon conseiller national. Qu'a-t-il fait à Berne ? Rien. Jean Studer était médiatique, mais déjà un bon parlementaire.
Preuve est ainsi faite qu'il ne suffit pas à un parlementaire d'être médiatique pour faire de la politique avec efficacité.
Rédigé par: Bobby | 09 avr 2009 à 10:24