L’issue de l’affaire Garbani marque une nouvelle étape dans l’histoire de la pipolisation des politiciens suisses. Certains doivent se retourner dans leur tombe, d’autres, à la retraite, frémir rétrospectivement. Naguère les écarts des élus étaient vécus avec bonhomie, une sorte de preuve qu’ils étaient proches du peuple. Aujourd’hui, on les veut plus blancs que blancs, irréprochables. Il y a dans cette volonté de transparence absolue un parfum d’absurdité et de gros dangers pour la démocratie.
La pipolisation encourage la personnification du pouvoir, elle déforme l’image que l’on se fait des politiques. Ils apparaissent seuls sur la photo, alors qu’en Suisse tout spécialement, ils ne sont rien, ils ne réalisent rien sans l’assentiment de leurs collègues. La pipolisation transforme la collégialité en anecdotique règle du jeu alors qu’elle est un art de gouverner.
Avoir concédé des photos empathiques et valorisantes oblige mécaniquement un élu à se justifier et à paraître lorsque les ennuis viennent. Comment justifier une soudaine discrétion lorsque l’on a voulu séduire pour des raisons électorales? Flattés de l’intérêt médiatique que suscite leur petite personne dans les pages people, alors que parfois les chroniqueurs parlementaires les boudent faute de substance, nombre de mandataires ne mesurent pas les risques qu’ils prennent.
L’affaire Garbani témoigne aussi des ravages d’une certaine solitude des élus. Un bon politicien, une bonne politicienne, ne parvient à s’imposer sur la durée que si son entourage est solide. Derrière celui ou celle qui réussit, il y a toujours un conjoint, des parents, une famille, des amis qui font preuve d’une totale abnégation. Il leur est parfois rendu hommage dans les discours. Mais on mesure mal à quel point l’engagement public d’un seul peut avoir des répercussions sur ses proches.
Jusqu’ici les états-majors des partis ont laissé carte blanche à leurs mandataires pour gérer leur pipolisation. L’affaire Garbani condamne ce laisser-faire, entre complaisance et gêne, et les oblige à plus de responsabilités.

Une fois de plus, pas la moindre autocritique de la part d'une profession qui fait de la pipolisation son
fond de commerce (notamment l'Hebdo)... C'est l'hôpital qui se moque de la charité!
Rédigé par: Pibarot | 16 avr 2009 à 22:29