Certes, Peer Steinbrück, ministre des Finances de la République fédérale d’Allemagne, ne s’est pas montré très subtil en traitant les Suisses d’Indiens. Le Conseil fédéral a eu raison de protester. Mais la maladresse de Peer Steinbrück ne justifie pas qu’on l’assimile aux nazis ou à la Gestapo. Il est honteux qu’un conseiller national se soit laissé aller à pareille comparaison.
L’appel à la raison doit peut-être venir de Suisse romande, tant une majorité d’Alémaniques cultive un rapport paranoïaque à l’Allemagne: il faut ne pas avoir eu les nazis à domicile pour oser dire qu’un ministre de l’Allemagne actuelle leur ressemble. Les Français, les Polonais, les
Yougoslaves, les Grecs qui ont été envahis par la Wehrmacht ne se risquent pas à ce genre d’amalgame nauséabond. Les Russes, les Britanniques, les Américains et tout ceux qui ont combattu pour libérer l’Europe de la peste nazie non plus.
Il n’y a que des Suisses, restés neutres calfeutrés dans leurs frontières, pour énoncer pareille ineptie. Le douloureux travail de mémoire, entrepris il y a dix ans avec l’affaire des fonds en déshérence, n’a manifestement pas été assez débattu pour qu’un parlementaire démocrate-chrétien se permette un tel dérapage, qui est aussi une insulte aux victimes du nazisme.
Les métaphores, les comparaisons, renseignent parfois plus sur ceux qui les agitent que sur les réalités qu’elles devraient éclairer. La propension de certains Alémaniques à voir l’Allemagne et l’Union européenne comme des empires dictatoriaux écrasant de leur joug les libertés en général, et la petite Suisse en particulier, témoigne d’un manque d’estime de soi et d’un manque de culture historique inquiétants.
De 1939 à la fin de la guerre, les Suisses ont redouté d’être envahis par le Reich. Les raisons pour lesquelles cela n’a pas été le cas restent méconnues. Confusément, les Suisses ne croient pas à la mythologie du réduit, l’hypothèse d’une armée suisse résistant mieux à la Wehrmacht que les autres n’étant pas crédible sur le long terme, même si elle flatte l’honneur national. Les travaux des historiens sur ce point ayant été occultés, personne n’assume que notre neutralité a été utile à tous les belligérants, donc à l’Allemagne nazie. La Suisse a été attentiste, prudente et un peu pleutre, ce qui ne fait pas d’elle, pour autant, une complice objective du Reich. Reconnaître enfin ces réalités dérangeantes devrait nous vacciner contre la tentation de croire que nous avons été protégés par la Providence ou parce que nous aurions fait preuve d’un héroïsme singulier.
Cet aggiornamento, toujours différé depuis un demi-siècle, permettra de mieux saisir ce qu’est vraiment la Suisse: non pas un peuple de résistants aux juges et aux empires étrangers (le Saint-Empire au Moyen
Age, le Reich hier, l’Union européenne aujourd’hui), mais l’agrégation de petits peuples qui, depuis l’ouverture du Gothard jusqu’à nos jours, n’ont cessé de vivre grâce aux échanges entre le nord et le sud du continent, et de prospérer en faisant commerce de marchandises, de mercenaires ou de services bancaires.
L’Allemagne n’apparaîtra plus alors comme l’éternel empire menaçant l’identité alémanique, mais comme un partenaire naturel, ni plus ni moins important que la France, l’Italie ou la Grande-Bretagne. Quoi que puissent dire ses ministres.

Décidemment chère Madame, c'est vous qui n'avez encore rien compris à notre Histoire 39-45, n'avez-vous rien lu ? Des auteurs américains de renoms se sont penchés sur cette Histoire bien plus intéressante que la plupart des Suisses ne l'imaginent. Je ne vous en cite que deux: Herbert Reginbogin "Guerre et neutralité " Stephan Halbrook "La Suisse encerclée". Vous êtes donc toujours à croire que si la Suisse n'a pas été envahie ce n'était en tout cas pas grâce à son armée ! Eh bien c'est totalement faux, pour les raisons suivantes:
1. C'est en juin 40 que l'alerte a été la plus dangereuse, l'armée allemande étant aux frontières jurassiennes. A ce moment là la Suisse commerçait avec les Alliés et pratiquement pas avec l'Allemagne.
2. Si le commerce avec l'Allemagne avait été une raison suffisante pour protéger les petits pays, aucun n'aurait été envahi. Le Danemark commerçait beaucoup avec l'Allemagne, par exemple
3. A ce moment là c'est bien la volonté de résistance non seulement de l'armée mais de toute la population qui a été déterminante. Le jeunes, les vieux et même des femmes pratiquaient le tir de précision. Guisan a fait distribuer des dizaines de milliers de fusils aux civils. On sait qu'avec son armement la Wehrmacht pouvait envahir le Plateau, l'occuper était une autre affaire. Hitler enrageait de savoir que ses magnifiques SS risquaient de se faire descendre à 500m.
4. Le Réduit était ce qu'il y avait de plus intelligent à faire. Si l'armée s'était répartie tout le long de la frontière, les Allemands n'avaient qu'à trouver une brèche, comme en Yougoslavie. Le Réduit permettait les contre attaques et c'est bien ce qui a manqué aux Français.
5. Le premier à savoir et à reconnaître que seule la volonté de résistance de l'armée ne suffisait pas a été le Général lui-même, voici ce qu'il a écrit dans son rapport en 45
Guisan commença son rapport en ces termes: "J'ai compris que le rôle de l'armée était d'offrir à chacun des belligérants un obstacle suffisamment important pour que le fait d'ajouter le poids de l'argument militaire à celui des arguments politiques et économiques décourage les projets d'agression."
Je trouve quand même inouï qu'une partie de l'opinion suisse puisse croire une seconde qu'avec ou sans armée la Suisse n'aurait pas été envahie par l'Allemagne. Croire que Hitler se serait gêné de pénétrer en Suisse...D'un côté je vous rejoins sur ce point, c'est vraiment méconnaître le nazisme que d'accepter de tels phantasmes et c'est également scandaleux de traiter quelqu'un de nazi en ignorant tout sur ce sujet.
Maintenant vous pouvez toujours réfuter mon opinion sur ce sujet, je vous signale que j'ai lu plus de 50 livres concernant la Suisse et la SGM.
Vous et moi, ainsi que les jeunes, devrions être reconnaissants à la génération de la mob, hommes et femmes, ce qu'ils ont réalisé est tout simplement immense.
Bien cordialement
Christian Favre
Rédigé par: Christian Favre | 01 avr 2009 à 17:21
Cher Monsieur Favre,
Je ne réfuterai pas votre opinion par principe, je préfère les discussions argumentées et constructives plutôt que les sous-entendu désagréables sur la méconnaissance supposée du sujet de la part de celui ou celle qui s'exprime.
Merci à vous de donner les références de livre, afin que chacun se forge une opinion. Je ne crois pas aux vérités définitives et incontestables, juste à l'honnêteté intellectuelle. Ceci dit, votre réaction me permet de préciser le fond de ma pensée: je ne crois pas que seule la peur de l'armée suisse ait dissuadé Hitler d'envahir la Suisse, même si je suis infiniment persuadée que la population suise, soldats et civils, aurait démontré, en cas d'invasion, une capacité de résitance héroïque, telle celle des Grecs par exemple lorsqu'ils furent agressés par les troupes de l'Italie fasciste via les massifs montagneux d'Albanie.
Dire cela ne signifie pas que je ne reconnais pas les mérites de l'armée et le rôle qu'elle a joué. Hitler a certainement redouté de perdre du temps et remis à plus tard la domination et la soumission de cette petite partie du continent.
Mon grand-père a fait la Mob, je respecte profondément tous ceux qui comme lui étaient prêts à mourir pour défendre la patrie.
Deux générations après les faits, je pense, comme vous me semble-t-il, qu'il serait temps que la situation de la Suisse dans la Seconde guerre mondiale soit mieux connue, enseignée, discutée.
Je n'aime pas le manichéisme dans lequel ce débat s'est enlisé depuis les travaux de la Commission Bergier: héroïsation excessive du rôle de l'armée, versus diabiolisation absolue du rôle des élites économiques et politiques.
Il me semble que nous devrions être capables d'un débat plus serein, plus responsable et emprunt d'une certaine humilité si l'on songe à tous ceux qui se sont sacrifiés en combattant les nazis.
Rédigé par: CT | 02 avr 2009 à 11:33
Voici qui démontre que les enseignants ne partagent pas l'idée que
l'armée a joué un rôle. Tiré d'un blog d'un gymnase
…C'est à ce prix, et en jouant au chat et à la souris, ou si vous le voulez, en ménageant chèvre et choux, que la Suisse se sortira de ce guêpier, et non pas comme beaucoup le croyaient, grâce à son armée et au Général Guisan.
Une chose est sûre cette Histoire est mille fois plus complexe qu'on l'imagine, particulièrment sur tout ce qui concerne les renseignements, il reste de nombreux points encore à élucider et l'on reste vraiment perplexe du peu d'intérêt des médias pour cette Histoire. Voici quelques livres sur ce sujet:
La Deuxième guerre mondiale et la Suisse
Accoce & Quet La guerre a été gagnée en Suisse
Arsenijevic Drago Genève appelle Moscou
Barbey Bernard - Aller et retour
- PC du Général 1940 – 1945
Barbey Mary-Anna 39-45 Les femmes et la Mob
Bonjour Edgar Histoire de la neutralité suisse, Vol. IV; V; VI
Boschetti Pietro La Suisse et les nazis (résumé rapport Bergier)
Charguéraud Marc-André
- L'étoile jaune et la Croix -Rouge
- La Suisse présumée coupable
- Silences meurtriers; les Alliés, les Neutres et
l'Holocauste
- Le banquier américain de Hitler
- La Suisse lynchée par l'Amérique
- Lettre ouverte au juge Korman
Chevallaz Georges André Le défi de la neutralité
Codevilla Angello La Suisse; La guerre; Les fonds en déshérence et la politique américaine
Delay Yves La grande chance de la Suisse
Dulles Allen Les secrets d'une reddition
Falletti Edouard L'encerclement de la Suisse
Favez Jean-Claude Mission impossible (CICR)
Gafner Raymond Général Guisan; Entretiens (radio Lausanne)
Gautschi Willi Le Général Guisan
Grin Micha Julius Schwarz; L'âme et le cœur de la Brigade de montagne 10
GTHV Groupe Trav. Hist. Vécue - La Suisse face au chantage
- La Suisse au pilori ?
Grivat Olivier Internés en Suisse 1939-1945
Guisan Henri Rapport du Général sur le service actif 1939-1945
Halbrook Stephen P. La Suisse encerclée
Haymann Emmanuel Le camp du bout du monde
Jaquillard Robert La chasse aux espions en Suisse
Jost Hans-Ulrich Le salaire des Neutres
Junod Marcel Le Troisième combattant
Kimche Jon Un général suisse contre Hitler
Lasserre André La Suisse des années sombres
Langendorf Jean-Jacques La Suisse dans les tempêtes du XXè siècle
Langendorf et Pierre Streit Face à la guerre
Lambelet Jean-Christian Le mobbing d'un petit pays
Marguerat Philippe L'économie suisse entre l'Axe et les Alliés 1939-1945
Pünter Otto Guerre secrète en pays neutre
Regard Fabienne La Suisse paradis de l'enfer ? Mémoire de réfugiés juifs
Reginbogin Herbert R Guerre et neutralité
Richardot Jean-Pierre Une autre Suisse; Un bastion contre l'Allemagne nazie
Rings Werner - La Suisse et la guerre 1933-1945
- L'or des nazis; La Suisse un relais discret
Rossé Christian Le Service de renseignement suisse face à la menace allemande 1939-1945
Rota Virginie Le journal d’une espionne
Tschuy Theo Diplomatie dangereuse, Carl Lutz l'homme qui a sauvé les juifs de Budapest
Urner Klaus Il faut encore avaler la Suisse
Vallotton Benjamin Cœur à cœur
Wüst René_Henri Alerte en pays neutre, la Suisse en 1940
Ed. Slatkine & Presse romande 1939 La Suisse témoin d'une année mémorable
Rédigé par: Christian Favre | 02 avr 2009 à 13:02