Dimanche après-midi, dès que les premiers résultats sont tombés, le soulagement a été immense. A la mesure de la grande peur que se sont fiévreusement tricotée ces derniers mois les élites du pays. La trouille de quoi au juste? De se retrouver tout seuls? De devoir affronter une instabilité juridico-économique majeure? Ou d’avoir à se poser d’autres
questions?
Avec ce oui, le gouvernement et economiesuisse ont obtenu un sursis: la question de l’adhésion à l’Union européenne reste taboue. Circulez il n’y a rien à voir, même pas à argumenter, selon nos trois conseillères fédérales. Pourtant qui peut croire que parmi les 60% de citoyens qui ont approuvé la poursuite de la voie bilatérale, il n’y a que des gens qui s’en satisfont béatement pour l’éternité? Pourquoi afficher un tel mépris pour ceux qui pensent que la Suisse serait parfaitement capable d’être membre de l’UE sans se dissoudre ou se renier?
Il faudrait une fois expliquer précisément en quoi la Suisse est tellement différente des 27 autres pays qui constituent déjà l’UE (et les quelques autres qui veulent y entrer bientôt). L’incompatibilité viendrait de la démocratie directe? L’argument n’est pas sérieux. En défendant une conception formelle de sa souveraineté, la Suisse cultive un curieux paradoxe. Elle s’oblige à voter oui lors de tous les scrutins européens (un non signifiant la fin des relations bilatérales ou une surenchère de concessions). Alors que si elle était membre de plein droit, elle pourrait s’offrir le luxe d’influencer le processus de décision, de proposer des amendements, de rallier des partenaires à sa position, ou encore de refuser in fine ce qui ne lui convient pas. Combien de temps encore préférera-t-on à Berne faire marcher la photocopieuse plutôt que d’ouvrir le débat?
Le verdict de dimanche impose également de cesser de faire des partisans de l’adhésion les cocus de la voie bilatérale. Cela obligerait notamment ceux qui l’ont prônée comme alternative tant à l’adhésion qu’à la voie solitaire (Alleingang) à plus de cohérence, voire de décence.
A cet égard, l’insistance des ténors UDC à marteler que le souverain devra voter lors de chaque élargissement de l’UE devient insupportable. C’est une manière de dire que quel que soit le nouvel adhérent, il ne sera jamais assez bien, assez présentable et fréquentable pour nous les Suisses. Mais qui sommes-nous, d’où parlons-nous pour prétendre dicter qui doit appartenir à l’Union européenne?

"Alors que si elle était membre de plein droit, elle pourrait s’offrir le luxe d’influencer le processus de décision, de proposer des amendements, de rallier des partenaires à sa position, ou encore de refuser in fine ce qui ne lui convient pas."
Vous croyez sérieusement ce que vous dites ? Alors que le peuple français n'a même pas pu faire prévaloir sa volonté sur le projet de Traité constitutionnel européen ? En Europe, ce ne sont pas les peuples qui influent sur les processus de décision, ce sont des gouvernements qui ne les représentent même pas.
Quand on voit que la France, encore elle, ne peut même pas modifier les taux de TVA de ses restaurants, on se dit que "dire notre mot" sur la composition chimique de la gomme des timbres-poste, sur la normalisation des tailles de préservatifs et sur les modalités de ventes des tracteurs d'occasion entre particuliers, n'est peut-être pas si urgent que cela.
A propos des premiers effets du vote de dimanche, je vous signale qu'à Nyon, où la municipalité avait chassé les mendiants musicaux, il y a plusieurs mois, il y en avait un de retour mardi, en éclaireur de toute évidence, quatre hier après-midi et six ce matin, plus crades et plus bruyants que jamais ! Comme quoi le message des Suisses a été reçu cinq sur cinq par les mafieux qui exploitent ces misérables.
Et ce n'est qu'un début, les Tessinois qui, eux, vivent la suite, en direct depuis deux ans, ont rejeté la libre circulation à 65 % des votants ! Il est tout de même curieux qu'aucun commentateur ne s'arrête à ce coup de semonce, qui ne doit rien à la campagne électorale des opposants et tout à l'expérience quotidienne des électrices et des électeurs.
Rédigé par: Scipion | 13 fév 2009 à 12:02