Ces temps-ci, on se demande volontiers si l’on va changer de paradigme. Entendez par là que la crise actuelle pourrait modifier notre représentation du monde : va-t-on abandonner le capitalisme, l’amender un peu, continuer à se fier au libéralisme et à la jugeote de la main invisible, revenir à l’Etat-providence ?
Ce sont de vastes questions… Mais il est peut-être un peu tôt pour y répondre… Je veux dire pas seulement parce qu’il est 8h moins 5, mais parce que les grands tournants de l’histoire se perçoivent surtout quelques années, décennies après. Le « plus jamais ça », ou le « plus jamais comme cela » sont des injonctions souvent démenties par les faits postérieurs, alors restons prudents avant de tirer des conclusions péremptoires.
En attendant un changement attesté de paradigme, j’observe qu’un nouveau mot vient de faire son apparition dans la politique suisse. Il s’agit du mot « modestie ». Auteur de la trouvaille : Fulvio Pelli, le président du parti radical-libéral, tout juste fusionné depuis samedi.
Dans les interviews qu’il a récemment accordées, le Tessinois a beaucoup insisté sur les valeurs qu’il défend : la responsabilité individuelle, l’intérêt à long terme et, désormais, la modestie. Selon Fulvio Pelli, Christoph Blocher, Marcel Ospel et même Daniel Vasella ont manqué de modestie.
Christoph Blocher s’est cru indispensable à la bonne marche du pays, et ne digère pas d’avoir été écarté du gouvernement.
Marcel Ospel a cru qu’il était devenu le meilleur banquier du monde, et s’est accordé à lui et à ses équipiers des salaires et des bonus plus que royaux.
Quant à Daniel Vasella, patron de Novartis, il a défendu ces derniers jours encore ce système de rétribution pharaonique qui lui profite tant. Encore un qui se croit meilleur que les autres.
Je ne sais pas si l’appel à la modestie de Fulvio Pelli sera entendu. Ces dernières années de casino financier ont été celles de l’argent facile pour quelques uns, et du fric fascinant pour le plus grand nombre.
La modestie suppose un regard critique. C’est une vieille qualité suisse, elle nous vient du temps où nous n’étions pas une des nations les plus riches du monde. Elle vient du XIXième siècle, elle sent la neutralité, la discrétion, la crainte respectueuse des autres.
Une odeur de naphtaline, pas très bling bling, mais qui conserve l’essentiel longtemps. Sans prétention. Cela vous tente ?
* Chroniques sur LFM (103.3), du lundi au vendredi, à 7h50

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