Longtemps la réélection du Conseil fédéral, tous les quatre ans, a été vécue comme une formalité. Seul le score des sept Sages intéressait les plus mordus de la chose fédérale, baromètre un rien aléatoire de l'estime conquise par les ministres auprès des parlementaires. Dans un système qui blanchit les chefs de Département de toute responsabilité, même lorsque leur bilan est médiocre, même lorsqu'ils sont désavoués dans les urnes, la possibilité d'une non-réélection restait très théorique.
L'éviction de Ruth Metzler le 10 décembre 2003 a marqué une rupture avec ce doux ronron. C'était moche, c'était dur, certainement un peu injuste, très macho, peut-être politiquement justifié (la controverse n'est pas éteinte), mais surtout ce grand spectacle a beaucoup plu. Le Palais fédéral s'est transformé en arène, avec des trahisons, des sacrifices et des larmes.
Quatre ans après les faits, manifestement, le microcosme politico-médiatique rechigne à retrouver le calme, il a pris goût à la noce à Thomas, et ne se résout pas à s'en priver. Depuis plusieurs mois, il bruit des rumeurs: et si le 12 décembre, on virait Blocher, ou alors Merz, pourquoi pas Couchepin? Leuenberger et Schmid attendent leur tour, les deux madonne, Leuthard et Calmy-Rey, paraissent intouchables.
Ainsi, la variante estivale du bizutage de l'année proclame que le PDC devrait retrouver un second siège. On connaît déjà le nom du papable: le Fribourgeois Urs Schwaller.
Ce faisant, on oublie une vieille coutume de la Berne fédérale d'avant 2003: ceux qui sont faits rois trop tôt ne sont jamais élus. Urs Schwaller s'en souvient, d'où son manque d'entrain affiché.
Plutôt que de jouer aux chaises musicales, les partis feraient mieux de réfléchir aux réformes qu'ils veulent concrétiser pendant la prochaine législature, en négocier le périmètre et le calendrier. L'exercice est plus difficile que le babillage puéril qui consiste à faire croire qu'en changeant un acteur, tout ira miraculeusement mieux.

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