Rédigé à 16:42 dans Grâce et disgrâce | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Les libéraux-radicaux peinent à trouver un successeur à Fulvio Pelli. Splendeurs et misères d’un parti historique, pourrait-on ironiser. Mais cette difficulté signifie bien plus qu’un manque de vocation contingent. Notre système de milice est gravement en panne, malgré tout ce que ceux qui l’encensent veulent nous faire croire.
La présidence d’un grand parti suisse est un job à plein temps, plutôt mal payé, surtout si l’on compare avec d’autres fonctions en vue: de quel autre manager exige-t-on qu’il sillonne le pays dans tous les sens et toute l’année, et qu’il
communique parfaitement dans au moins deux langues nationales?
Dans un paysage politique hyperfractionné, la gestion d’un parti gouvernemental juxtapose des missions toujours plus antagonistes: il faut affirmer les caractéristiques propres de sa formation pour maximiser son potentiel électoral, imposer l’unité face à l’extérieur tout en respectant l’avis des minoritaires à l’interne, préparer la relève, anticiper les nouveaux défis, négocier avec les autres des compromis, afficher et
défendre un bilan, afin de démontrer son utilité au plus haut niveau du pouvoir
politique. Plus personne n’y parvient.
Il est temps d’envisager d’autres solutions.
D’abord en finir avec l’idée profondément antisuisse que le succès dépend d’un homme fort, du talent d’un seul. La personnalisation est un poison, elle fausse la perception des enjeux, hypothèque leur réalisation. Un dessein n’est grand que lorsqu’il est partagé et porté par plusieurs. Il faut remettre du collectif dans la politique suisse. Le modèle existe, mythique, c’est celui des trois Suisses.
A trois, on est toujours plus intelligent et efficace sur le long terme que seul, car on est naturellement exposé à la critique constructive et prédisposé à convaincre. Le président parfait n’existe pas? Que le PLR innove avec un triumvirat présidentiel!
Des objections? Aux entretiens de Watteville, les présidents participent déjà avec les chefs des groupes parlementaires.A part partager les croissants, pas de soucis. Les rondes des éléphants télévisuelles devront alterner le casting? Tant mieux, le même message incarné par différents visages sera plus fort. Il y aura des divergences entre triumvirs, exacerbées par le Röstigraben et nourrissant la presse d’indiscrétions?
Pas plus que maintenant et elles seraient peut-être mieux gérées, voire assumées. Ce serait même une chance de mieux prendre conscience du cloisonnement des espaces médiatiques sur lequel, jusqu’ici, seuls les présidents latins de parti
ont tenté de surfer, avec plus ou moins de bonheur.
Rédigé à 15:51 dans Grâce et disgrâce, Partis, Politique, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Ambiance de crise ce matin à l’UDC. Le plus grand parti de Suisse, qui a recueilli 26,8% de suffrages aux dernières élections, a probablement perdu tout espoir de regagner son second siège au Conseil fédéral le 14 décembre prochain. Son candidat, le Zurichois Bruno Zuppiger, est impliqué dans une affaire de détournement de fonds révélée par la « Weltwoche », un journal que l’on sait très proche de l’UDC blochérienne. Dans un cas de succession dont son entreprise avait été chargée, il aurait facturé des honoraires de 150'000 francs et fait virer 100'000 francs sur son compte privé, avant de tout restituer sous la pression d’une plainte. L’affaire s’est réglée en 2010 entre les parties, qui se sont engagées à la tenir secrète.
Le 1er décembre, l’écrasante majorité du groupe UDC ne sait rien lorsqu’il intronise Bruno Zuppiger pour tenter de déboulonner la « traîtresse » Eveline Widmer-Schlumpf, que le parlement avait élu le 12 décembre 2007 à la place de son leader Christoph Blocher. Bruno Zuppiger, le poulain de l’entrepreneur Peter Spuhler, s’impose de peu (8 voix, semble-t-il) devant le conseiller d’Etat zougois Heinz Tännler, plus proche du camp Blocher.
Que s’est-il passé ensuite ? On en est réduit à des suppositions. Mais deux choses sont sûres. Alors que Peter Spuhler, ainsi qu’il l’a affirmé à L’Hebdo ce matin, ne sait rien des casseroles de Bruno Zuppiger, la direction de l’UDC est au courant. Le président Toni Brunner et le stratège en chef Christoph Blocher connaissent le cas. Mieux, ou plutôt pire : ils savent que la « Weltwoche » enquête sur cette affaire qui peut se transformer en bombe. C’est dire qu’ils laissent Bruno Zuppiger aller au casse-pipe !
Inutile de dire que politiquement, le candidat au Conseil fédéral Bruno Zuppiger est « mort ». « Son comportement est éthiquement indéfendable, même si tout s’est réglé à l’amiable », disent en chœur les UDC This Jenny et Alfred Heer. Plutôt amusé par cette affaire, le président du PS Christian Levrat ironise sur la singulière éthique de la direction de l’UDC, « qui a laissé décoller son candidat, avant de le faire exploser en plein vol ».
Que Bruno Zuppiger retire ou non sa candidature, il n’a désormais plus la moindre chance d’être élu, alors que de nombreux observateurs le voyaient inquiéter sérieusement le PLR Johann Schneider-Ammann après un premier échec face à Eveline Widmer-Schlumpf.
Au sein de l’UDC, c’est désormais la guerre des clans entre les proches de Peter Spuhler et ceux de Christoph Blocher, qui s’accroche à son pouvoir. Certains soupçonnent le leader, gourou et financier de vouloir entrer dans l’opposition après l’échec programmé du 14 décembre. Mais une majorité de son groupe rechigne à franchir ce pas, dont notamment le Fribourgeois Jean-François Rime. Mais la crise du parti est peut-être encore plus profonde, avec probablement de premières tensions au sein même de la direction, où Christoph Blocher est dorénavant contesté. MG
Rédigé à 15:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Pierre-Yves Maillard allait-il réussir son baptême du feu à l’émission politique phare de la TV alémanique « Arena » ? C’était la grande question que l’on se posait en ce vendredi 2 décembre, soit moins de deux semaines avant l’échéance du 14 décembre. Deux minutes avant le générique, le conseiller d’Etat vaudois laissait transparaître une nervosité extrême. Mais finalement, de l’avis de l’animateur Urs Widmer, il s’en est bien tiré, parvenant à exprimer sa pensée dans un allemand hésitant mais correct, si l’on excepte une ou deux phrases qu’il a eu de la peine à terminer. Il y a fort à parier que l’UDC Bruno Zuppiger n’aurait pas accepté un tel débat à la TV romande.
« Arena » avait invité les quatre candidats au Conseil fédéral que sont les deux socialistes Pierre-Yves Maillard et Alain Berset d’une part, et les deux UDC Bruno Zuppiger et Jean-François Rime d’autre part. Sur les deux socialistes, rien de neuf à signaler. Sur le plan du contenu, peu de choses les séparent, ainsi que leur profil « Smartvote » l’a montré, sauf la question de l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Ce sont leurs parcours qui les distinguent. Maillard a souligné son expérience de l’exécutif, Berset sa plus grande expérience internationale gagnée au cours de son année de présidence du Conseil des Etats.
Et les deux candidats UDC ? Ce sont deux candidats capables de compromis, qui ont tous deux soutenu jadis l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE, donc capables de dévier de la ligne dure de l’UDC. Mais si Jean-François Rime n’a presque aucune chance d’être élu, Bruno Zuppiger sent quant à lui qu’il n’a jamais été aussi près de réaliser son rêve d’accéder au Conseil fédéral. Après avoir été renié par la direction du parti en 2008, le voici appelé par Christoph Blocher en personne. Il s’est donc montré fort conciliant, pour ne pas dire virevoltant. Lorsqu’on lui a demandé s’il était pour la sortie du nucléaire, il a répondu « ni oui ni non ».
Autre question qu’il a laissée sans réponse, celle d’une éventuelle candidature contre le PLR s’il devait échouer face à Eveline Widmer-Schlumpf (PBD). « Tout est ouvert si l’assemblée fédérale brise la concordance lors de la réélection de la Grisonne », a-t-il souligné. Est-ce à dire que l’UDC partirait dans l’opposition ? Alors que Zuppiger laissait planer le suspense, Rime s’est montré beaucoup plus franc. « A titre personnel, je ne pense pas que l’UDC doive quitter le gouvernement. Nous devrons simplement utiliser davantage les instruments de la démocratie directe », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter pour L’Hebdo : « Vous pouvez écrire que si j’étais élu contre Johann Schneider-Ammann, je refuserais mon élection ».
Aussi bien Zuppiger que Rime ont « promis, juré » que le groupe UDC n’avait pas encore discuté du scénario de l’opposition. On les croit, dans la mesure où seule une personne tranchera en définitive : Christoph Blocher. (Michel Guillaume, 3 décembre 2011)
Rédigé à 12:44 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Sur le ticket socialiste, les jeux sont faits concernant la succession de Micheline Calmy-Rey au Conseil fédéral. Vendredi 25 novembre, le groupe socialiste a opté pour le ticket attendu, composé du sénateur fribourgeois Alain Berset et du conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard. Entre les deux ténors, le duel a été serré, Berset s’imposant par 30 voix contre 26 à Maillard au cinquième tour. La Tessinoise Marina Carobbio et le Valaisan Stéphane Rossini ont été largement distancés.
« Le PS couronne ses deux grands favoris », titre la « NZZ ». Bien que défavorisés par le fait que leur deuxième siège - repourvu en septième et dernière position – pourrait être combattu, les socialistes ont avancé leurs meilleures cartes. « En présentant les deux Romands, le PS asseoit sa position, alors que l’UDC perd encore un peu de sa marge de manœuvre », note « La Liberté ».
C’est bien ce qui a marqué les observateurs en cette fin de semaine. Alors que le PS a marqué son territoire, les autres partis semblent plongés dans l’apathie. Le « nouveau centre », qui pourrait se composer du PDC, des Verts libéraux et du PBD, n’est pour l’instant qu’une vision que personne n’a le courage de porter. « Attendons deux sessions et faisons le point en avril 2012 », a suggéré le chef du groupe PDC Urs Schwaller.
Quant à l’UDC, on n’en a pas entendu parler en cette fin de semaine. Il n’a visiblement aucun candidat valable pour prétendre ravir son siège à sa « traîtresse » Eveline Widmer-Schlumpf. Son stratège en chef Christoph Blocher joue profil bas. Il a intérêt. Il pourrait encaisser en ce dimanche 27 novembre sa plus cuisante défaite électorale au deuxième tour de l’élection au Conseil des Etats à Zurich face à la verte libérale Verena Diener et au PLR Felix Gutzwiller. MG
Rédigé à 10:06 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
On se réjouissait de voir les quatre candidats socialistes s’exprimer à l’émission « Infrarouge » de la TSR, animée par Esther Mamarbachi. C’était l’occasion pour le grand public de faire plus ample connaissance avec ces quatre fortes personnalités que sont le Vaudois Pierre-Yves Maillard, le Fribourgeois Alain Berset, le Valaisan Stéphane Rossini et la Tessinoise Marina Carobbio. L’occasion surtout de découvrir les différences dans leur ligne politique. Quelle cruelle déception ! A la 51e minute de cette émission d’une heure, un Pierre-Yves Maillard visiblement excédé a magnifiquement résumé les choses : « Mais Mme Mamarbachi, quand va-t-on enfin parler de politique » ?
De politique, on en a parlé tout juste un quart d’heure. Et encore ! Durant dix minutes, les candidats n’ont fait qu’exposer très brièvement leurs priorités politiques, qui sont toutes à peu près les mêmes : le social, l’introduction d’un salaire minimum, une caisse-maladie unique. L’émission n’a été intéressante que durant cinq minutes, lors du petit débat consacré à l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Pierre-Yves Maillard y est favorable, contrairement aux trois autres.
Pour le reste, « Infrarouge » s’est complu dans les clichés. Alain Berset est « hypercompétent, mais lisse et insaissable » et Pierre-Yves Maillard « profilé, mais dogmatique ». Comme s’il fallait en rajouter, l’invité Marc Comina – un ancien journaliste qui s’est reconverti dans le consulting – a justifié la présumée social-démocratie d’Alain Berset par le simple port d’une cravate, ce qui a provoqué un débat de sept minutes ! Dépité, Alain Berset a fini par se demander si tous ces clichés ne relèvent pas de la « paresse journalistique ». En l’occurrence, on ne pouvait que lui donner raison.
« Infrarouge » a touché le fond lorsqu’elle a voulu tester les candidats sur leurs connaissances d’allemand. Question intéressante en soi, mais hors contexte lorsqu’elle se transforme en piège tendu artificiellement sur un plateau de télévision romand. Une chose est sûre : sur la base des quatre mots qu’elle a prononcés dans la langue du Goethe, l’animatrice a plus de progrès à faire que les quatre candidats !
Cet « Infrarouge » a incarné la faillite du journalisme politique ce mardi. Si le service public qu’est la TSR ne parvient pas offrir au grand public une émission lui permettant de se forger une opinion claire sur les quatre candidats, alors il ne faut surtout pas introduire l’élection du Conseil fédéral par le peuple ! MG
Rédigé à 11:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Opfertshofen, vous connaissez ? C’est un patelin de 140 habitants du canton de Schaffhouse, dont Hannes Germann fut jadis le maire durant douze ans.
Hannes Germann, vous connaissez ? C’est le conseiller aux Etats du même canton, aujourd’hui candidat UDC au Conseil fédéral pour tenter de déloger – aux côtés du Vaudois Guy Parmelin peut-être – la conseillère fédérale du PBD Eveline Widmer-Schlumpf. Agé de 55 ans, cet enseignant primaire de formation, ancien gardien du FC Schaffhouse et major à l’armée, est un « sénateur abordable », selon le titre du « Tages-Anzeiger » d’aujourd’hui.
Un UDC mou à défaut d’être modéré. Dans le dossier énergétique, il se dit critique sur le nucléaire, contrairement à son parti. Mais il faut savoir que dans ce canton qui se bat férocement pour éviter d’accueillir un centre de déchets radioactifs, tout engagement pro-nucléaire trop affirmé est suicidaire. Quant à l’initiative de son parti sur l’immigration massive, il la trouve « OK », faisant comprendre ainsi qu’il ne la soutient pas vraiment.
Inutile de dire qu’une telle candidature n’enthousiasme pas le stratège en chef Christoph Blocher. Très proche de l’UDC, la « Weltwoche » de cette semaine n’y consacre que dix lignes, juste pour se moquer du titre « d’économiste » dont s’affuble le Schaffhousois. Son rédacteur en chef Roger Köppel souhaite la candidature de l’entrepreneur Peter Spuhler, le patron encensé de Stadler Rail. « Au nom de la patrie, Peter Spuhler doit se présenter et ne viser que le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf, la ministre aux 5% d’électeurs », écrit-il.
Pas facile pour le Thurgovien. Il devrait se séparer d’une entreprise qui brasse des milliards de chiffre d’affaires d’ici au 14 décembre. « Il suffit de la vendre à Christoph Blocher qui pourrait soit la conduire lui-même, soit lui trouver sereinement un autre acquéreur », affirme encore Roger Köppel.
Voilà donc le plan secret de l’UDC. Que Christoph Blocher doive appeler à la rescousse son seul rival au sein du parti, celui qui s’est refusé à signer l’initiative sur l’immigration massive, en dit long sur la relève au sein du plus grand parti de Suisse. Le culte de la personnalité de Christoph Blocher, qui a fait son succès durant ces vingt dernières années, est désormais la principale cause de son déclin. MG
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Il y a des nuits dont on se souvient toute sa vie… Celle du 11 au 12 décembre 2007 en fait partie. Ce matin, la sortie du livre du conseiller national socialiste grison Andrea Hämmerle, consacré à la non-réélection de Christoph Blocher au Conseil fédéral, m’oblige à y revenir moi aussi.
Autant être sincère d’emblée : bien qu’ayant signé de nombreux articles concluant au bilan désastreux de Christophe Blocher au Conseil fédéral (violation du principe de la séparation des pouvoirs, dénigrement d’une loi suisse à l’étranger, mensonges devant le Conseil des Etats), je n’ai très longtemps pas cru à son éviction. D’une part, l’UDC avait largement gagné les élections d’octobre et d’autre part, ses adversaires n’avaient aucune stratégie claire. Vendredi 7 décembre, j’étais allé à Zurich pour assister à l’émission de la TV alémanique Arena et j’avais raccompagné le chef du groupe PDC Urs Schwaller dans le train de Zurich à Berne. A 23 h le soir, les visages parlent plus que les mots. Ce soir-là, j’ai vu qu’il n’y croyait pas.
Personnellement, je n’y ai pas cru jusqu’au 11 décembre vers 17 h. Là, Urs Schwaller déclare à une meute de journalistes que le PDC, à la majorité de son groupe, ne soutient pas Christoph Blocher. A ce moment, le jeu s’ouvre, sans pourtant que l’on puisse parier sur quoi que ce soit. Tout le monde sait que le « triangle des Bermudes » du PDC – ces 15 représentants de la ligne conservatrice qui sont autant de voix perdues aux yeux des socialistes – devraient tout de même assurer une réélection à la raclette de Christophe Blocher.
Durant toute la soirée, la tension monte au bar de l’hôtel Bellevue. Dans la cohue indescriptible, seul un photographe du « Matin » parvient à capter le discret conciliabule que tiennent Christian Levrat, Alain Berset (PS), Christophe Darbellay (PDC) et Ueli Leuenberger (Les Verts). Il m’échappe à moi aussi.
Peu après minuit, j’ai plus de chance. Je croise l’un des protagonistes de l’opération anti-Blocher. Notre dialogue dure moins de trente secondes, il tient en deux répliques. Lui : « Nous n’avons jamais été si près du but ». Moi : « C’est Widmer-Schlumpf ?». Mon interlocuteur s’éclipse sans répondre. A ce moment-là, je tiens le nom de la candidate de combat, dont le nom avait quelquefois été cité : cheffe des Finances dans son canton, la conseillère d’Etat Eveline Widmer Schlumpf avait été qualifiée de candidate « très compétente » par le président de l’UDC en personne Ueli Maurer en 2003 déjà.
Ce nom, seules une dizaine de personnes le connaissent en ces premières minutes du 12 décembre. J’ai encore téléphoné au vice-président du PDC Dominique de Buman à 23 h 15. Il était chez lui, en train d’aller se coucher, dans l’ignorance totale de ce qui allait se passer le lendemain.
Après une courte nuit de moins de trois heures, le « chef com » d’un conseiller fédéral me téléphone. Il doit informer son chef à 7 h et souhaite mon avis. « Widmer-Schlumpf a des chances réelles d’être élue », lui dis-je. J’apprends plus tard que le magistrat en question lui a demandé quel était le fou qui racontait de telles conneries…
A 6 h 55, j’envoie un courriel à la rédaction en chef à Lausanne qui tient en deux phrases : « Prière de préparer d’urgence un portrait d’Elisabeth Widmer-Schlumpf. Elle pourrait gagner le premier tour face à Blocher par 118 voix contre 117 ». Une info qui résonne aussi comme un appel au secours ! J’avoue me sentir un peu dépassé par la sensation qui s’annonce. Or, une fois le résultat de l’élection connu, il s’agit de boucler l’article moins de trois heures plus tard pour que L’Hebdo puisse être dans les kiosques le jeudi déjà. Un exercice journalistique hautement périlleux.
La suite est connue, pas besoin de trop s’y attarder. Eveline Widmer-Schlumpf remporte le premier tour par 115 voix contre 111 pour Christophe Blocher, puis elle est élue au deuxième tour par 125 voix à 115 dans une ambiance électrique de finale de Coupe du monde de football se jouant aux penalties. Le centre-gauche exulte, comme dans un stade justement, tandis que l’UDC crie au complot.
De complot, il n’y en a bien sûr pas eu, comme le prouve le livre d’Andrea Hämmerle, qui confirme presque tout ce qu’a écrit L’Hebdo le 14 décembre 2007, puis le 30 avril 2008. Le « documentaire » de Hansjürg Zumstein, diffusé par la TSR le 4 mai 2008, est un chef-d’œuvre de manipulation des faits, qui conduira à l’expulsion définitive d’Eveline Widmer-Schlumpf des rangs de l’UDC.
Il faut reconnaître une chose : en matière de manipulation, la nouvelle conseillère fédérale en connaît un rayon. A en croire Ueli Maurer, elle aurait promis-juré qu’elle prendrait l’avis du groupe avant d’accepter son élection. Elle n’en a en tout cas rien fait.
Même s’il ne contient aucune révélation fracassante, le livre d’Andrea Hämmerle, qui paraîtra en français à la fin de ce mois aux Editions Rüegger, n’en reste pas moins passionnant à lire. Acteur principal de l’histoire, le socialiste grison n’a en fait eu que deux contacts téléphoniques (le 8 et le 11 décembre) avec Eveline Widmer-Schlumpf, avant de lui envoyer un courriel tard la veille de l’élection. C’est tout. Seule cette discrétion a permis le succès de cette opération, qui a fait tomber le politicien le plus puissant du pays ces vingt dernières années !
Michel Guillaume
Rédigé à 18:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
C’est le grand vainqueur des élections 2011 : le centre-droit, certes affaibli par le déclin des partis traditionnels, mais clairement renforcé par l’impressionnante progression des Verts libéraux et du Parti bourgeois démocratique (PBD).
Ce morcellement du centre-droit est-il d’abord une chance ou un danger ? Il est pour l’instant prématuré de répondre à cette question. Mais force est de reconnaître que l’ « accouchement » d’un centre-droit uni se fait au forceps. D’une part, il y a la vision, telle qu’elle a été exprimée hier dans « Sonntag » par Reto Nause, l’ancien secrétaire général du PDC, aujourd’hui chef de la sécurité dans l’exécutif de la ville de Berne. Celui-ci propose la création d’un nouveau parti qui pourrait briguer 30% de l’électorat et devenir la première force politique de Suisse.
D’autre part, il y a la cruelle réalité du terrain. Fort de son nouveau statut de « faiseur de rois », le PBD du président Hans Grunder exclut toute fusion avec le PDC, lui préférant un nouvel organe dans lequel pourraient travailler les groupes du PDC et du PBD, éventuellement des Verts libéraux. C’est en tout cas ce que croit savoir la « Sonntagszeitung », qui salue cette démarche prudente. « La diversité est une chance pour le centre, la fusion un danger ».
Au-delà des intérêts du pays, qui aurait besoin d’un centre-droit uni en cette période de crise financière mondiale, il y a les rivalités personnelles et partisanes. C’est bien à la ministre PDC Doris Leuthard qu’on doit la sortie du nucléaire, mais lors des élections, ce sont les Verts libéraux qui en ont profité, alors que le PDC perdait 2% des suffrages.
« Nous devons saisir la chance historique que nous offre le peuple qui ne veut plus de la polarisation politique », souligne Reto Nause. Pas sûr qu’il sera entendu. MG
Rédigé à 14:49 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Théoriquement, il y a toujours quatre candidats socialistes à la succession de Micheline Calmy-Rey au Conseil fédéral : le Valaisan Stéphane Rossini, la Tessinoise Marina Carobbio, le Fribourgeois Alain Berset et le Vaudois Pierre-Yves Maillard. Mais la presse a déjà réduit cette course à un duel entre les deux derniers. La NZZ vient de publier de grandes interviews d’eux et attend dans l’immédiat que Marina Carobbio figure sur un éventuel ticket à trois pour procéder avec elle au même exercice.
Ce duel à distance s’avère très instructif. Favori, le Fribourgeois joue l’esquive, soucieux d’éviter tout faux pas. Outsider, Pierre-Yves Maillard se découvre bien davantage. Son interview est donc plus intéressante.
Difficile pourtant de les partager sur des questions concrètes. La NZZ s’est surtout intéressée au profil très à gauche du magistrat vaudois qui, dans sa défense très agressive du service public, aurait par le passé presque demandé la démission du PS des réformistes Benedikt Weibel aux CFF ou Ulrich Gygi à la Poste. « Mais non, rassure Pierre-Yves Maillard. Je me suis simplement battu contre la privatisation du service public, et l’histoire m’a donné raison ».
Et Alain Berset, où se situe-t-il vraiment au PS, s’inquiète la NZZ. Veut-il lui aussi dépasser le capitalisme ? Abolir l’armée ? Le Fribourgois joue la sécurité. Il défend le projet du Conseil fédéral sur l’armée, et il a voté contre la formule « dépasser le capitalisme » au Congrès du PS de Lausanne.
Pierre-Yves Maillard défend vaillamment l’élection du Conseil fédéral par le peuple, « la meilleure manière de former un gouvernement à grande coalition. Il est pour la libre circulation des personnes, mais « contre son renforcement si le marché du travail n’est pas assez régulé ».
Rien de si clair dans le discours d’Alain Berset, très prudent, soulignant par exemple que les critiques envers le conseiller fédéral PLR Johann Schneider-Ammann sont trop dures.
Et que pensent les deux candidats de la revendication de l’UDC d’un deuxième siège au Conseil fédéral. Maillard comme Berset évitent la question avec le même art consommé de la rhétorique… MG
Rédigé à 16:52 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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