02 juil 2009

Un siège clairement radical-libéral

A qui appartient le siège laissé vacant en milieu de législature par Pascal Couchepin? Incontestablement à son Parti libéral-radical. Le PDC, l’UDC et les Verts font pourtant valoir leurs prétentions. Sont-elles légitimes? Clairement non.

En décembre 2007, le Parlement a attribué deux sièges à l’UDC, aux socialistes et aux radicaux, et un seul au PDC. Il n’y a pas eu de nouvelles élections fédérales, il n’y a donc pas lieu de changer la clé de répartition.

Les démocrates-chrétiens jouent un jeu dangereux. Si d’aventure Doris Leuthard venait à quitter prématurément le gouvernement, ils seraient les premiers à crier que son siège leur appartient. Alors que l’UDC pourrait le réclamer, avec la même «logique» que le PDC aujourd’hui, puisqu’elle ne s’estime pas représentée selon son poids réel au Conseil fédéral.

Pour justifier l’éviction de Christoph Blocher par Eveline Widmer-Schlumpf, Christophe Darbellay avait plaidé le respect de la concordance arithmétique. Le 12 décembre 2007, la majorité aurait pu introniser Urs Schwaller, et casser la formule gouvernementale. Mais le Fribourgeois et le PDC n’ont pas osé se lancer dans la bataille. Tant pis pour eux! Ils pourront retenter leur chance en 2011.

Pour légitimer leur second siège, les libéraux-radicaux se sont lancés dans un décompte latin de leur force électorale. Nauséabonde idée. Un conseiller fédéral est l’élu de tous les Suisses.

Cela dit, le siège de Pascal Couchepin doit indiscutablement revenir à un Latin, au nom d’une représentation équilibrée des minorités qui ont fondé la Suisse moderne de 1848. Les bons candidats ne manquent pas, sans que l’on ait besoin de délivrer des certificats de conformité linguistique.

De nombreux conseillers fédéraux romands ont dû, dans un premier temps, parfaire leur expression orale en allemand. Beaucoup de leurs pairs alémaniques n’ont jamais fait l’effort d’améliorer leur français et ne se sont jamais initiés à l’italien. Qu’on laisse donc, le cas échéant, Pascal Broulis se mettre à niveau. Ce qu’on attend d’un ministre c’est bien autre chose que de la virtuosité polyglotte: un programme politique clair, du courage et du savoir-faire.

25 juin 2009

Pourquoi avancer masqué?

On voudrait embrouiller les citoyens que l’on ne s’y prendrait pas autrement. A quoi ressemble la succession de Pascal Couchepin? Non pas à une course démocratique vers le summum du pouvoir politique suisse, mais à un jeu de dupes.

Pour mesurer le chaos dans lequel s’enfonce notre pays à force de ne pas avoir le courage de se réformer, il faut comparer. Dans n’importe quelle autre démocratie, la période qui précède la désignation d’un ministre permet d’étudier son profil, son programme, ses choix de vie, en toute transparence. Il n’y a que les dictatures pour installer aux commandes des gens dont on n’a pas pu discuter les mérites. Voyez, ces dernières semaines, l’opacité qui entoure la succession de Kim Jong-il en Corée du Nord.

C’est pourquoi il est troublant de s’entendre ressasser en boucle depuis deux semaines que celui qui veut remporter le siège du radical valaisan démissionnaire a intérêt à avancer masqué, à ne pas se déclarer trop tôt. La Suisse a besoin de gouvernants courageux, pas de poltrons machiavéliques redoutant les projecteurs de l’opinion publique. La campagne sera longue? Piètre excuse. Si un prétendant n’est pas capable d’encaisser trois mois d’exposition au grand public, pensez-vous vraiment qu’il ou elle aura les nerfs de diriger la Suisse en période de crise, de résister aux pressions, de manifester une salutaire indépendance d’esprit?

Cette sale idée qui veut que les prétendants à l’exécutif se comportent comme des pleutres qui auraient quelque chose à cacher, à commencer par l’envie d’en être, est un héritage du blochérisme. Christoph Blocher a réussi à faire croire pendant des années qu’il n’avait pas envie d’aller au Conseil fédéral, qu’il n’y consentirait que par devoir. On a vu ensuite à quel point il supportait mal d’en avoir été exclu. Ueli Maurer a repris la posture jusqu’à son élection.

Où est passé le légendaire sens de la dignité de l’Etat des radicaux? Sont-ils tombés si bas qu’ils adoptent les singeries tactiques des fossoyeurs du système?

18 juin 2009

Delamuraz et Couchepin

Pascal Couchepin sera-t-il le dernier? Le dernier d’une  longue lignée de radicaux romands quasi ininterrompue depuis 1848? Devant l’Histoire avec un grand H, ce ne serait pas la moindre des ironies. L’avènement de Pascal Couchepin en 1998 marque dans la saga du parti fondateur de la Suisse moderne un tournant: la fin de la lignée, elle aussi quasi  continue, des radicaux vaudois au Conseil fédéral. Le Valaisan a longtemps attendu pour succéder à Jean-Pascal Delamuraz. De cette impatience passée a subsisté l’image de deux hommes ne s’appréciant guère.

Pourtant, au seuil des livres d’histoire, leurs points communs sont plus apparents que leurs divergences.

Au Conseil fédéral, Delamuraz, bien que ministre de l’Economie, énerva superbement les milieux d’affaires zurichois. En authentique radical, il ne voulait pas relayer leurs revendications en oubliant toute responsabilité sociale. Après le non à l’Espace économique européen, il ne cacha pas non plus son envie de voir la Suisse adhérer à l’Union européenne. Deux prétentions rédhibitoires pour la Bahnhofstrasse.

Lui succédant, le Valaisan se montra d’abord plus aimable et ouvert aux demandes de l’économie. En vain. Il part de Berne excédé par l’arrogance et la cupidité de certains banquiers et le manque de soutien du patronat à la pérennité des assurances sociales.

Delamuraz et Couchepin, deux politiciens ambitieux, aimant le pouvoir, ne se sont jamais vus en vassaux des seuls intérêts économiques. Radicaux, ils n’ont jamais pu imaginer que le libéralisme ne fonctionne qu’à l’avantage de quelques-uns, sans se soucier de la prospérité du plus grand nombre.

Enfin, c’est aussi dans les hommages rendus que les figures de Delamuraz et de Couchepin se rejoignent: tous deux ont été salués pour leur qualité «d’homme d’Etat». Tous les conseillers fédéraux ne bénéficient pas de cette estime. Delamuraz l’a gagnée pour sa vision courageuse de l’avenir de la Suisse en Europe.

Couchepin l’a acquise en se posant en rempart des institutions face au mépris blochérien.

Leur héritier sera-t-il à la hauteur?

 

 

 

11 juin 2009

En attendant les courageux

Captivant débat organisé dimanche soir à l’occasion des Européennes par le PDC genevois et le NOMES. Dans la salle, que des convaincus de l’utilité du projet européen. Pas de contradicteur. Une parole libérée pour évoquer les relations entre la Suisse et l’Union européenne.

Pas d’hostilité, pas de mauvaise foi, pas de procès d’intention. Juste des Suisses qui aimeraient en être. Parce que nous en sommes déjà tellement. Parce que notre souveraineté est devenue factice. Parce que ce serait bon pour la défense de nos intérêts économiques. Parce que notre appartenance à l’UE aurait empêché la Libye d’emprisonner deux Suisses innocents aussi longtemps. Parce qu’il est bizarre de disserter sur les frontières ultimes de l’UE, et du cas de la Turquie, sans avoir droit au chapitre…

A Berne, évoquer l’adhésion suscite les sourires gênés ou courroucés. Présidente du NOMES, la conseillère nationale Christa Markwalder a décidé, très gentiment, de passer outre. La libérale-radicale récolte ces jours-ci des signatures pour un postulat demandant au Conseil fédéral de reprendre la réflexion stratégique sur nos relations avec l’UE. Il y a trois ans, lors de son dernier rapport sur le sujet, le gouvernement avait émis trois critères d’évaluation: le degré d’influence de la Suisse sur les décisions qui la concernent, la disponibilité de l’UE à négocier avec nous, les conditions-cadres économiques satisfaisantes. Il est temps, dit Christa Markwalder, de procéder à une nouvelle analyse. Formulée dans un postulat, un vœu non contraignant, cette demande devrait recevoir l’assentiment d’une majorité du Conseil national. 

Ancien ambassadeur, Raymond Loretan a appelé les responsables politiques qui soutiennent l’adhésion à se montrer plus courageux. La dispute fiscale avec l’UE, les concessions sur le secret bancaire accordées à l’OCDE et aux Etats-Unis ont changé la donne. Les associations économiques faîtières doivent aussi réexaminer leur position, a plaidé Dominique de Buman.

Avant de rappeler que, si l’Islande a déposé la semaine dernière une demande d’adhésion à l’UE, c’est parce que le parti qui a gagné les élections législatives avait fait ouvertement  campagne sur le sujet.

Mettre l’adhésion à l’UE en tête de son programme électoral. En 2011, quel parti suisse osera?

04 juin 2009

Les élections européennes et nous

Dimanche, le taux de participation aux élections européennes s’annonce calamiteux. Plus proche des 30% que des 63% d’intérêt qu’avait recueilli en 1979 le premier Parlement européen.

Vu de Suisse, où la construction européenne suscite autant de répulsion que de passion, mais où l’on est habitué à considérer au moins trois strates de pouvoir, il est fascinant de constater à quel point les citoyens de l’Union sont devenus indifférents à cet enjeu supranational. Un peu comme s’ils ne voulaient pas saisir qu’ils sont plus gouvernés par Bruxelles et Strasbourg que par Paris, Berlin ou Londres. A vrai dire, il faudrait surtout énumérer les capitales de l’Est européen, récemment rallié à l’UE: Bratislava, Ljubljana, Varsovie, Tallinn, Prague. En 2004, ce sont en effet les Slovaques, les Slovènes, les Estoniens et les Tchèques qui ont coulé le taux de participation aux européennes (inférieur à 30%).

L’Eurobaromètre s’est penché sur les raisons de ce désamour: 60 % des sondés estiment que leur vote ne changera rien. Les euro-experts en sont marris et soulignent le paradoxe: plus l’aire géographique de l’UE s’agrandit, plus les prérogatives du Parlement s’étendent, moins les citoyens se sentent concernés. L’UE reste un «machin», incompris des peuples, parce que servant trop souvent de bouc émissaire aux dirigeants nationaux. Il manque à la plus ambitieuse institution du Vieux Continent quelque chose comme un souffle épique, une épopée, une geste (comme on disait au Moyen Age).

En Suisse, on entend déjà les thuriféraires de la démocratie directe ricaner. Il se trouve cependant que notre pays, bien que détenteur du record mondial des consultations populaires, est mal placé pour faire la leçon, car il ne connaît pas des taux de participation beaucoup plus enthousiasmants. En 2007, lors des élections fédérales, plus d’un citoyen sur deux n’a pas éprouvé le besoin de choisir des parlementaires. Lors des votations, l’intérêt est encore moindre, même si l’introduction du vote par correspondance a un peu amélioré les choses. Dans ce dédain pour la chose publique, rythmé par la complainte «de toute façon, ils font ce qu’ils veulent», les Suisses sont hautement eurocompatibles.

28 mai 2009

Ce que cache l’hystérie

Pascal Couchepin partira-t-il? Ou pas? L’hystérie est à son comble. Cette focalisation sur la démission du Valaisan est suspecte. Pourquoi ne parle-t-on pas de Moritz Leuenberger, qui va fêter ses quatorze ans de Conseil fédéral? Son bilan – puisqu’on soupèse tant celui du Romand – n’est pas outrageusement meilleur. Pourquoi un tel silence sur la désastreuse prestation de Hans-Rudolf Merz, trop éprouvé dans sa santé pour être à la hauteur du défi – exceptionnel il est vrai – de son année présidentielle?

Pascal Couchepin assume son impopularité avec une insolence qui irrite une classe politique, plus soucieuse de plaire que de débattre courageusement des défis qu’affronte le pays.

L’énergie à plaider son départ est ainsi inversement proportionnelle à la capacité du microcosme politico-médiatique à penser sérieusement une nécessaire réforme du gouvernement.

A quoi assiste-t-on depuis plus de vingt ans? Chaque départ de ministre fait l’objet de spéculations grossières. La démission formelle lance une chasse à l’homme ou à la femme idéal(e), où les critères de fond sont noyés dans une kyrielle de détails: sexe, parti, région linguistique… La vision politique des postulants, leur vision du monde et de la place de la Suisse dans ce monde sont réduites au rang d’accessoires en option.

Le messie est prié d’avoir le bon profil, mais pas de programme politique trop ostentatoire (car broyeur de voix capitales au moment du décompte).

Le jour J, l’Assemblée fédérale se donne une peine folle pour ménager le suspense. Elle a même inventé récemment les candidats à l’insu de leur plein gré, dont on se demande s’ils vont, oui ou non, accepter le grand honneur.

L’élu jouit ensuite d’un état de grâce. On lui laisse faire son apprentissage. Au bout d’un certain temps, on s’aperçoit que le messie, ou la madone, ne se révèle pas aussi providentiel et brillant qu’attendu. Ce temps du désamour a sonné pour Doris Leuthard, il commence pour Eveline Widmer-Schlumpf.

Plutôt que de se pencher sur les tares du système, on instruit un procès personnel. C’est plus simple, mais cela ne résout rien.

Il n’en ira pas autrement avec le successeur de Pascal Couchepin.

Quelle que soit la date de son intronisation.

20 mai 2009

Une élue face à la maladie

Automne 2007: Ada Marra est élue au Conseil national. Moins de 200 voix la séparent d’un colistier. La socialiste paraît étonnamment distante par rapport à l’enjeu. Mai 2009: dans L’Illustré, la conseillère nationale révèle qu’elle souffre de la sclérose en plaques. Elle l’a appris il y a deux ans en pleine campagne.

Pour couper court aux rumeurs, Ada Marra a décidé de témoigner. La Société suisse de la sclérose en plaques fête ses 50 ans. La Vaudoise souhaite attirer l’attention sur une maladie méconnue qui touche entre 10 à 15 000 personnes en Suisse. Si sincère soit-il, cet aveu interpelle.

Lorsque sa santé est gravement atteinte, un politicien ne s’appartient pas totalement, il doit respecter le mandat de ses électeurs. Depuis le livre choc sur Ces malades qui nous gouvernent, paru en 1976, la transparence s’est peu à peu imposée, même si le besoin de vérité n’est pas le même lorsqu’il s’agit d’un président, d’un ministre ou d’un parlementaire. Un conseiller fédéral ou un conseiller d’Etat peut être absent quelques semaines. Au-delà de trois mois d’incapacité, il est contraint de démissionner, la charge de travail pour ses collègues devient trop lourde; de plus, dans un système collégial, la légitimité des décisions est entachée si un des membres ne peut durablement statuer.

Pour un conseiller national, le couperet de la démission est moins impitoyable. Selon la nature de la maladie, il peut se soigner entre les sessions, et parfaitement assumer son mandat. Les statistiques d’absentéisme des parlementaires ne démontrent pas une corrélation avec les ennuis de santé des uns ou des autres. Une absence pour cause de mal chronique sera d’autant mieux tolérée que beaucoup ratent des votes pour des motifs professionnels ou à cause du cumul des mandats. Indulgence d’un parlement de milice.

Toutefois la pipolisation de la vie politique brouille les codes, créant parfois artificiellement du drame. Face à une Ada Marra, souvent mordante dans les débats, certains ne redouteront pas de jouer la condescendance sur le mode «ne vous fatiguez pas». D’autres feindront d’ignorer et passeront également pour des mufles.

Tout dépendra de l’attitude de la conseillère nationale. Comme l’a montré Jean-Pascal Delamuraz, même lorsque le mal progresse insidieusement, la fonction, la mission, permet de rester debout et d’assumer sa charge avec autant de courage, de dignité que d’efficacité. Un choix de vie. Et une question délicate de responsabilité individuelle.

14 mai 2009

Au secours, revoilà les contingents

 

Quel cauchemar! Le Conseil fédéral envisage* de réintroduire des contingents pour limiter la main-d’œuvre étrangère. Il a fallu des décennies à la Suisse pour s’extraire de cette pénible bureaucratie obligeant les entreprises à planifier leurs besoins, tels des conglomérats soviétiques, et à quémander des autorisations. Grâce à l’introduction de la libre circulation des personnes en 2002, la Suisse s’est convertie au système de l’offre et de la demande. Une place à repourvoir, un engagement de la personne la plus qualifiée. Pas de travail, pas de permis. Nous sommes alors enfin sortis d’un système barbare qui n’est jamais parvenu à enrayer l’afflux de main-d’œuvre, qui a compliqué la vie des entreprises, qui a humilié tant de travailleurs, et qui ne nous a en rien préservés du chômage quand la conjoncture s’est déprimée.

La crise a bon dos. L’augmentation du chômage est certes préoccupante. Mais la paperasserie des contingents n’évitera pas, demain comme hier, les licenciements et elle n’encouragera pas les entreprises à privilégier les sans-emploi autochtones. Elle ne poussera pas non plus les patrons ayant abandonné toute responsabilité sociale à redevenir vertueux ou solidaires. L’économie ne veut pas des contingents, les syndicats non plus.

On voit mieux le profit politique que la cheffe du Département fédéral de justice et police pourrait chercher à tirer sur le plan intérieur d’une activation de la clause de sauvegarde, prévue par les accords bilatéraux. Eveline Widmer-Schlumpf offrirait aux nationalistes de son ancien parti un gage de bonne orthodoxie. La Grisonne a de bien meilleures manières que Christoph  Blocher, mais son fonds de commerce idéologique n’est pas très différent: conservateur et protectionniste quand cela flatte l’insécurité supposée de la population.

La volonté de contingenter la main-d’œuvre en provenance de l’Union européenne signale d’autres mauvaises intentions. Affirmer la capacité de nuisance des Confédérés à l’égard des Européens, des Allemands en particulier, qui se sont montrés si durs dans les affaires fiscales. Sur le mode: vous nous persécutez avec le secret bancaire,  on ne va plus offrir de travail à vos chômeurs. Mesquin et pathétique.

 

* Cette chronique a été rédigée avant la séance de mercredi du Conseil fédéral
qui pourrait statuer sur la réintroduction des contingents.

 

07 mai 2009

L'identité romande n'est pas une chimère

La Suisse romande existe-t-elle? Une approbation trop enthousiaste est souvent ressentie comme un crime de lèsemajesté confédérale, une manoeuvre de bulldozers dans le röstigraben. En s’affirmant Romand, on est suspecté d’être antialémanique, donc mauvais Suisse.

Le mépris avec lequel est accueillie cette interrogation, récurrente dans l’Histoire, confine au déni de réalité. L’identité se constitue par la prise de conscience des différences. Elle tient du millefeuille. Chaque individu en tire une recette propre, qui peut varier au cours de son existence.

Dans ce patchwork de références, l’identification à la région romande vient après l’attachement à la Suisse et à son canton. Faut-il en conclure que le lien romand n’est pas pertinent? Cette déduction est trop arrogante pour ne pas receler d’inavouables arrière-pensées. Dépasser les catégories cantonales heurte l’esprit gestionnaire ou conservateur d’un certain establishment. Car qui veut sérieusement croire que la vigueur de l’identité cantonale est fonction du nombre de fonctionnaires regroupés sous son drapeau? L’Histoire, oui, les liens sociaux, bien sûr, mais pas la taille ou les compétences virtuelles d’une administration!

L’échelle de résolution des problèmes actuels (formation, transports, santé) et leur besoin de financement sont devenus supracantonaux. Nier cette évidence, rester claquemurés dans les schémas de jadis, c’est faire le lit de la centralisation au niveau fédéral. Est-ce vraiment le but de ceux qui rejettent tout débat sur l’identité romande?

Encore un point essentiel, mis en lumière par l’enquête Sophia, publiée à l’occasion du Forum des 100. Le sondage effectué auprès de la population indique que 50% des Romands vivent dans leur canton de naissance. Un autre quart est né à l’étranger, le dernier quart regroupe ceux qui sont partis étudier ailleurs et ne sont pas revenus dans leur canton d’origine*.

Autant dire que, tel le nombre de binationaux qui ne cesse de croître, celui des habitants bi- ou même pluricantonaux n’est pas négligeable. Les Valaisans de Genève, plus émus par leurs Alpes natives que par le Salève, ne sont pas un phénomène isolé. La discussion sur une gouvernance romande permettrait de réconcilier des loyautés toujours plus écartelées. Les mêmes mouvements migratoires entre cantons s’observant en Suisse alémanique et au Tessin dans des proportions similaires, ce débat ne serait pas antisuisse, mais salutaire pour l’ensemble du pays.

* Voir pour le détail la conclusion de l’enquête Sophia sur www.forumdes100.com

23 avr 2009

De l'argent public pour les partis

Où va la Suisse ? Les métaphores s’imposent.

Géologique : les plaques tectoniques sont en mouvement, la terre tremble, mais quelle sera l’ampleur du séisme ? Quand sera-t-on assuré que le pire est derrière ? Quand retrouvera-t-on le calme ?

Psychologique : comme tout bouleversement des repères familiers, la fin du secret bancaire entraîne le retour du refoulé.

On pourrait encore évoquer la fonte des glaces, qui fait apparaître quelques cadavres oubliés. Ou le glacis qui ne tient plus rendant visibles les failles de la forteresse.

C’est dans ce climat d’incertitude qu’il faut noter une curieuse conséquence de l’agonie du secret bancaire: la majorité de droite qui gouverne ce pays depuis toujours va avoir des problèmes de trésorerie. Les difficultés d’UBS vont mettre à mal les finances des partis bourgeois. Il ne s’agit pas d’un petit dégât co-latéral, quelques milliers de francs en moins, mais de millions qui ne seront plus versés.

Les liens entre pouvoirs politique et économique ont suscité moult enquêtes, des torrents d’encre, l’opacité du système favorisant toutes les extrapolations. L’histoire retiendra que les difficultés d’UBS aux Etats-Unis ont ruiné les partis au pouvoir en Suisse. Un effet de battement d’aile de papillon bien ironique. 

Tombe ainsi un peu plus la fiction du parlement de milice, le mythe de braves élus fabriquant des lois en toute indépendance.

Otto Ineichen, entrepreneur et conseiller national radical, n’a pas attendu que se confirme l’ampleur des pertes pour suggérer que l’on discute sérieusement d’un financement public des partis. Encore un de ces sujets dont l’évocation suscitait jusqu’ici l’agacement contrit, car briseur de Sonderfall. 

Malgré les éminents services que rendent les partis à la démocratie suisse, en animant au moins quatre campagnes de votation par an, malgré la distorsion de concurrence opérée par les millions blochériens ces dernières années, il a toujours paru incongru de pratiquer comme dans la plupart des pays voisins : rémunérer correctement les politiciens pour qu’ils fassent leur job. Il sera salutaire de discuter des modalités d’un financement public des partis. La transparence y gagnera.

La crise déstabilise la Suisse. Mais elle permet de ré-ouvrir des débats essentiels trop longtemps escamotés.

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